Le riz est l'aliment de base des malgaches, on ne dit pas "à table!" mais "allons manger du riz!"
La région de Manompana à l'avantage de disposer de rizières, mais les rendements sont très faibles (+/-1tonne/hectare).
Des techniques d'optimisation du rendement ont été trouvées et éprouvées (SRI), mais le poids des traditions a jusqu'alors mis un frein à leur application.
La tradition est à double tranchant, garante de la stabilité de la collectivité elle peut parfois se retrancher dans l'immobilisme et empêcher toute initiative novatrice!
Il suffit parfois qu'un membre se laisse tenter pour que la solution se débloque. Actuellement, le maire du village cherche à promouvoir le concept de l'optimisation des rendements (mais adapté au village et intégrant les traditions et prenant en compte l'ensemble des vecteurs qui rendent possible ou nom une action de ce type) il est épaulé dans cette démarche par un groupe de planteurs et d'agronomes qui ont mis en commun leurs connaissances pour mettre au point un système: Le SORRA, soit système d'optimisation des rendements rizicoles adapté:
Système d’optimisation des rendements rizicoles adapté
(1997-2007)
MADAGASCAR
Commune rurale de
MANOMPANA
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INTRODUCTION
Le projet sur lequel nous avons travaillé à pour but de trouver des solutions afin d’assurer une autosuffisance alimentaire à Manompana et ses environs.
Ce projet s’intègre dans le processus associatif : les amis de Manompana (amisdemanompana@hotmail.com ou madaequitable@yahoo.fr ), dont la finalité est une action globale de développement durable.
Etat actuel de la riziculture à Manompana :
Deux types de rizières :
-Horaka (rizière de marais) Plaines et fonds de vallées.
-Tavy (rizière de montagne)
Notre étude a été faite sur les rizières de marais de part leur proximité géographique.
Variété employée : vary mena (riz rouge) espèce adaptée au lieu géographique origine inconnue (espèce Oryza sativa), petits grains, forte concentration d’amidon, hauteur du plant 0,80cm à 140cm, moyenne de 50 grains par épis, 10 à 20 épis par plant, 15 à 35% de grains vides, valeur nutritionnelle forte. Semences issues de la récolte.
Rendement : de 600kg à 1200kg par hectare (selon l’état du sol et du soin de la plantation)
Technique : piétinage de la rizière (hommes ou zébus), semis en pépinière, repiquage serré, pas de maîtrise de l’eau, pas d’apport fertilisant, une seule récolte. (à noter que les anciens racontent qu’avant il était pratiqué deux récoltes par an, actuellement une autre plantation n’est effectuée qu’en cas de cyclone. Lorsqu’un cyclone (décembre-mars) détruit complètement les semis, les paysans resèment dans la foulée et la récolte est décalée.
Système d’entraide familiale pour le piétinage, le repiquage, et la récolte.
Pas de matériel rizicole.
Points forts : variété de riz adapté au lieu, forte résistance, valeur nutritionnelle forte permettant un apport énergétique suffisant même en petite quantité, entraide familiale permettant la possibilité de travaux d’aménagement (gestion de l’eau), pas d’achat de semences, hydrométrie forte, ensoleillement élevé, possibilité d’apport d’engrais sur place, surface cultivable suffisante pour nourrir l’ensemble de la population, possibilité d’aménagement des collines (culture en escalier de type asiatique), main d’œuvre disponible en quantité suffisante.
Points faibles : pas de maîtrise de l’eau, érosion forte, faible rendement, terre appauvrie, contrainte climatique (cyclones), pas de réserve de sécurité, stockage de mauvaise qualité, problèmes de propriété foncière, désengagement des jeunes (faible rendement pour beaucoup de travail), système de commercialisation du riz ne profitant qu’aux accapareurs (perte des terres).
Solutions possibles :
Aménagement des rizières (maîtrise de l’eau), reboisement en espèces endémiques, rotation des cultures (légumineuses), apport d’engrais vert (trèfle ladino), apport d’engrais adapté (compost lombriqué), repiquage espacé, stress hydrique deux semaines avant la récolte, aménagement des greniers, remotivation des jeunes par augmentation des rendements, générer un filet de sécurité afin de changer le schéma de commercialisation du riz.
Calendrier d’exécution :
Pour que l’action se concrétise il faut procéder par étapes, proposer un bouleversement total ne pouvant être que voué à l’échec.
Calendrier cultural traditionnel :
(¤ = semaine dans le mois)
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Juillet |
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Sept |
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Déc |
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Fév |
Mars |
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Juin |
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Préparation des terres |
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Repiquage |
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Récolte |
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LE S.R.I
Soit : Système de Riziculture Intensive.
Le Père Henri de LAULANIE, ingénieur agronome à Madagascar de 1961 à 1995 est à l’origine de cette nouvelle approche de la culture rizicole à Madagascar. Intégrant les techniques traditionnelles des paysans malgaches, il a travaillé en collaboration avec des étudiants agronomes pour améliorer les possibilités de production rizicole dans le pays.
Ce système est basé sur la maîtrise de l’eau, l’apport de fertilisant naturels dans le sol et surtout, d’un nombre de sarclage 4 à 6 fois plus important que dans le système de culture traditionnel.
Le SRI a permit d’obtenir des rendements de 4 à 10 tonnes à l’hectare.
L’utilisation de fertilisants chimique, de pesticides ou de nouvelles variétés n’est pas nécessaire pour obtenir de tels rendements.
Le seul problème de cette technique est la multiplication du temps de travail (x4) par rapport au système de riziculture actuel et les besoins énormes en fertilisants (minimum 6 tonnes par hectare).
LE S.O.R.R.A
Soit : Système d’optimisation des rendements rizicoles adapté.
L’objectif de l’actuel projet est d’arriver en premier lieu à une production de 2 tonnes/riz/hectare. Même si cela parait un objectif faible cela doublerait la production actuelle sans que cela demande le double de travail.
Une fois cet objectif atteint il sera possible de travailler sur de plus gros rendements, et de passer aux étapes suivantes (circuit de commercialisation du riz , rotation des cultures, deuxième récolte…)
Doubler la production actuelle permettra d’assurer l’autosuffisance alimentaire et l’arrêt de la perte des terres au profit des accapareurs !
Ce système reprend certains aspects du S.R.I (maîtrise minimum de l’eau, ajout de fertilisants organiques) mais prend en compte le facteur temps de travail et applique les principes de l’agriculture naturelle de Manasobu Fukuoka (voir annexe).
La relation avec leur environnement qu’entretiennent les paysans de la région de Manompana est complexe et quasi hermétique aux étrangers, mais elle s’accorde magnifiquement aux principes de Mr Fukuoka.
Pour résumer, Mr Fukuoka a consacré plus de cinquante années de sa vie à comprendre comment appréhender l’agriculture comme une association entre l’homme et la nature. Il considère que le cycle de germination, croissance, et mort des végétaux est intimement associé à tous les éléments et êtres vivants qui l’entoure. Que la terre n’est pas une matière inerte, mais bien un organisme à part entière et que la meilleure façon de la cultiver est de s’adapter plutôt que de vouloir la maîtriser.
Il n’est plus à revenir sur la faillite des systèmes agricoles modernes qui ont lessivés les sols et pollués les nappes phréatiques. C’est un fait acquis, et les générations à venir payeront le prix de ces erreurs.
Madagascar, pays pauvre, dispose de suffisamment de surface arable saine pour pouvoir sereinement, non seulement assurer son autosuffisance alimentaire, mais aussi devenir rapidement le premier pays africain exportateur de riz.
Pour cela il faut adapter un système aux contraintes spécifiques de ce pays incluant les traditions et la capacité en énergie humaine.
L’impaludation quasi-totale de l’ensemble de la population est un facteur très important et trop souvent ignoré.
Le mora-mora, ou rythme de vie lent, qui fait souvent sourire les occidentaux est une adaptation de l’homme face à son élément. Le virus du paludisme, en sommeil dans le foie se réveille aussitôt (sous la forme de crise) lorsque l’organisme est fatigué, si l’effort physique dépasse la réserve énergétique propre à chaque individu.
Il est donc inconcevable de vouloir optimiser les rendements par une surcharge de travail. La mécanisation n’est pas non plus un bon concept si l’on veut un développement durable (coût des matériels, carburant, entretien…)
Notre rencontre avec Mr Michel Bonnet, pionnier de la fabrication de compost lombriqué nous a amener à l’élaboration de ce système :
-Travailler avec le riz adapté naturellement.
-Ne pas être tributaire de semenciers.
(semences issues des récoltes)
-Pratiquer une gestion de l’eau :
Travaux d’irrigation minimum en système de travail collectif. Canaux extérieurs et rigoles de drainage intérieur.
Laisser la rizière sans eau pendant 8 à 10 jours après le repiquage (meilleure adaptation racinaire).
Provoquer un stress hydrique (par assèchement de la rizière) 15 jours avant la récolte. (Effet de stockage de l’amidon).
-Semer moins : Diverses expérimentations, à Madagascar et dans les pays asiatiques, ont démontré que les plants de riz trop nombreux sur une surface donnée avaient tendance à se faire concurrence. Plus le nombre de plant est grand moins il y a de grains par épi (tallage). Un repiquage respectant un espace de 25cm entre les plants permet un tallage plus grand et un rendement meilleur.
Cela a l’avantage de réduire la quantité de semence, effet non négligeable dans un pays ou chaque grain compte. (un essai en semis direct à généré un rendement x 1,5 – campagne 2007)
- Apport de fertilisant : réduire au strict nécessaire le volume en appliquant un système de pralinage des plants de riz au moment du repiquage. Cela fait passer le besoin en apport de 6 tonnes à 500kg par hectare.
-Pas de sarclage supplémentaire :
L’avantage d’ajout de compost lombriqué par pralinage des plants permet un développement concentré sur le riz et non pas sur l’ensemble des plantes autochtones de la rizière. Il n’est donc pas besoin d’effectuer de sarclage supplémentaire (meilleure approche en ce qui concerne le facteur énergie humaine).
-Meilleure résistance aux parasites du riz :
Le compost lombriqué est exempt de micro-organismes nocifs à la culture du riz. Le processus de digestion par le lombric des végétaux permet l’élimination totale de ces micro-organismes. Donc, pas de besoins en pesticides. (Dans notre calcul de surcharge de travail nous n’avons pas inclut cet aspect, nous attendons d’avoir des indicateurs de mesures plus complets pour affiner ce tableau, nous pensons arriver à terme à une baisse du temps de travail par rapport à la culture traditionnelle).
- Force du fertilisant et provenance : Le meilleur fertilisant organique est le compost lombriqué. (études et résultats disponible auprès de Mr Bonnet : publicomichel@orange.fr).
Sa fabrication ne demande aucune mécanisation, tous les éléments nécessaires se trouve sur place et sont gratuits.
- Conditions de fabrication de compost lombriqué : Chaleur ambiante minimum 20 degrés, humidité constante, oxygénation régulière.
Les conditions sont optimum à Madagascar.
- Lombric le plus performant : L’oesénia faetida.
C’est celui que l’on trouve à Madagascar.
fabrication du compost lombriqué :
La présence sur place de Mr Michel Bonnet, professionnel et pionnier de ce produit en France, nous a permit de donner toutes les explications et astuces pratiques pour adapter de manière efficace la fabrication de ce compost à Manompana : Identification des végétaux les plus appropriés, modalité de fabrication.
Le compost a été mis en place sur une parcelle de rizière de référence.
Une pouponnière de lombric (Oesénia Faetida) a été préparée : une surface de 2m2 constituée d’un fond d’humus endémique de
Dans le même temps un tas de résidus végétaux a été préparé en sous bois au bord de la rizière. Sa composition est la suivante : 6m3 de végétal (toutes les feuilles et végétaux non ligneux disponibles sur place), 2m3 d’excrément de zébu. La seule contrainte dans la fabrication de ce compost étant de le retourner en le déplaçant tous les dix jours (oxygénation).
La pouponnière sera dédoublée au bout de 45 jours, toujours sur le même principe de composition. Un mois et demi plus tard, il sera prélevé 3m2 de cette parcelle grouillante de lombrics, qui seront directement ajoutés au compost en gestation.
Le temps nécessaire à la fabrication du compost et la période de repos de la rizière étant le même (3 mois), (récolte juin-repiquage octobre), le calendrier d’exécution est donc pratique (démarrage du compost après la récolte).
Cette technique permet d’obtenir un compost lombriqué de qualité exceptionnelle d’une valeur de
Calendrier du compost lombriqué :
(Pour un produit fini de 500kg/hect/personne) (¤ = jours de travail)
Le pralinage est inclut dans le geste de repiquage.
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Juillet |
Août |
Sept | |
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Préparation pouponnière |
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Préparation compost |
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oxygénation |
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La surcharge de travail est donc de 12 jours. (+ geste supplémentaire lors du repiquage pas encore quantifié)
Le S.O.R.R.A se résume en quelques mots, travaux minimum d’aménagement des rizières pour maîtriser l’eau (maintenir un niveau d’humidité constant et ne pas noyer les plants, stress hydrique en phase finale de maturation), apport de fertilisant organique (compost lombriqué), plants espacés de
Simple, mais efficace.
Notre approche communautaire sera de donner l’exemple sur une parcelle appartenant à un agriculteur âgé et respecté, capable d’assumer le risque du changement, sans remettre en cause les traditions !
Les essais en cours laissent entrevoir la possibilité de multiplication minimale par 2 des rendements actuels avec une surcharge de travail de 20%.
Sans effet d’appauvrissement du sol.
D’autres perspectives sont définies (apport d’azote par ajout d’algues, apport de légumineuses, couverture intermédiaire de trèfle ladino, semis en direct, réduction progressive de la taille des plants…), mais nous voulons faire simple pour commencer. Afin de pouvoir s’adapter plus facilement au système traditionnel.
Nous vous donnons rendez-vous dans un an, pour vous démontrer par l’exemple l’efficacité attendue de ce procédé.
Toute personne désirant faire l’essai de cette technique ou voulant la diffuser sera bienvenue et encouragée.
Un remerciement spécial pour Mr Michel Bonnet, qui a bien voulu venir sur le terrain à Manompana afin d’adapter cette technique de compost lombriqué, et qui nous a fait bénéficier de son expérience personnelle pour la conceptualisation finale de ce projet. Nous avions identifié tous les problèmes, il nous a apporté la solution.
Annexe :
Pour ceux qui veulent avoir une approche plus pointue sur ce concept :
Lecuivre Nicolas.
Les paysans malgaches et leur monde naturel. Univers visible et invisible des Betsimisaraka de Manompana. Université de Liège. Faculté de philosophie et lettres. Département des Arts et Sciences de
Masanobu Fukuoka.
L’agriculture naturelle. Théorie et pratique pour une philosophie verte.
Guy Trédaniel éditeur. Editions de
Mangalaza Eugène-Régis.
Vie et mort chez les Betsimisaraka. Essai d’anthropologie philosophique, Paris, édition l’Harmattan, 1998.
Bruno LOSCH.
Les agriculteurs des zones tropicales humides : Eléments de réflexion pour l’action. CIRAD, 1996.
www.freewebs.com/voyageamadagascar
Ce document est aussi disponible à cette adresse internet:
laure2003.yellis.net/sitemanompana/documents/association.pdf
Il ne manque plus grand chose pour que l'action se concrétise!
Arriver à une production de 2 tonnes à l'hectare (option très réalisable), permettrai de débloquer beaucoup de situations, et donnerai un élan à toutes les autres initiatives qui sont tournées vers le long terme.
Agronomes, étudiants, agriculteurs en activité ou à la retraite, votre visite pourrait-être un véritable détonateur dans cette activité!
Aujourd'hui, la hausse des prix des denrées de première nécessité dans le monde et les conflits qui en découlent nous pousse à plus de communication dans ce sens! Nous relançons donc une nouvelle fois l'appel à toutes celles et ceux qui auraient envie de participer à la lutte contre la faim de manière concrête. Une immersion dans le contexte rizicole malgache avec une approche direct des paysans, cela peut être une expérience forte et enrichissante!
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