Fabrication traditionnelle des pirogues betsimisaraka (côte est de Madagascar)
La perte du balancier est une des énigmes encore non résolue de l’évolution de la tradition maritime betsimisaraka !
Comment expliquer que ce peuple de la mer ait choisi de ne plus bénéficier du balancier, alors que l’habitat marin de la façade orientale de Madagascar est le plus agressif et le plus dangereux ?
Les pirogues betsimisaraka s’apparentent plus aux pirogues des fleuves africains qu’à leurs voisines Vezo aux allures rassurantes !
Rusticité, simplicité, habileté des pêcheurs Betsimisaraka ? Ou tout simplement un ensemble de tous ces paramètres ?
Lorsque l’on interroge un betsimisaraka en train de construire sa pirogue et qu’on lui demande pourquoi il n’ajoute pas un balancier, la réponse fuse fière et altière : « nous n’en avons pas besoin ! ». Peut-être est-ce un élément de réponse, le pêcheur betsimisaraka étant un homme fier de sa pratique.
D’ailleurs, en parcourant la côte est il n’est pas rare de rencontrer des pirogues équipées d’un balancier. Interrogés, les pêcheurs concernés avouent que c’est plus stable lorsque la houle se fait forte. Mais c’est souvent le fait d’hommes jeunes, n’étant pas assujettis à la tradition.
Même si l’on ne peut parler réellement de caste, les pêcheurs Betsimisaraka sont hautement considérés par le foko « unité familiale étendue ». Pourvoyeurs de poissons, ils constituent un élément reconnu par le groupe et leur valeur est égale à la hauteur de leurs prises !
Généralement, le pêcheur a lui-même au préalable construit sa pirogue : après avoir consulté le mpisikidy (le devin du village, celui qui sait décrypter les signes à travers les graines et qui définit le jour de l’abattage), il part dans la forêt choisir un arbre de taille conséquente. Il l’abattra de ses propres mains non sans avoir au préalable demandé pardon à Zanahary, le créateur, pour ce prélèvement (il ne faut pas que la pirogue soit affligée d’un mauvais vintana « destin »). La fabrication d’une pirogue se fait généralement par deux hommes, frères ou beaux-frères, «vala ou valé », voire frères de sang, liés par le fatidra. Le serment sacré par lequel deux personnes deviennent liées par le sang et qui permet l’intégration d’un individu exogène dans le foko.
Une fois abattu, le tronc est travaillé sur les côtés à la hache, la borzina (machette malgache équipée d’un long manche en bois dur et d’une lame courte mais épaisse), ou la herminette. Ensuite c’est par le feu que le travail se poursuit. C’est cette étape qui demande la plus grande maîtrise, car la moindre erreur d’appréciation dans l’entretien du feu pourra réduire à néant des journées de travail. Ce succède jour après jour, feu et action de creusement, jusqu’à ce que l’embarcation soit terminée. Elle est ensuite descendue jusqu’au bord de la mer sur des rondins de bois et le travail de l’ajout des membres peut commencer.
Les membres sont des pièces de bois (Fora-callophylum inophyllum) qui permettent de garder l’écartement initial de la pirogue et renforcent la solidité. La faiblesse d’une pirogue réside dans le fait qu’étant initialement un tronc de bois évidé, elle aura toujours tendance à se rétracter vers l’intérieur, créant de ce fait des fissures et réduisant l’étanchéité. Seules les pirogues de grande taille peuvent supporter l’ajout de ces pièces de bois (poids). Les embarcations de faible envergure sont rapidement fissurées et pour conserver une certaine étanchéité ont procède à un rajout de bourre de « kapôk » (coton sauvage) ensuite rigidifié par du goudron naturel. Ce système étant également employé pour l’entretien au quotidien des embarcations en bois (boutres-goëlettes-yoles).
Une fois terminée, avant de mettre à l’eau la nouvelle pirogue, une cérémonie est faite pendant laquelle les esprits protecteurs du clan (les razana) sont appelés afin qu’ils gardent la pirogue et ses occupants des périls de la mer. Il est à noter que très peu de pêcheurs Betsimisaraka savent nager, qu’une pirogue prenant une lame coule à pic, et qu’il ne se passe pas une année sans qu’un pêcheur disparaisse en mer dans un secteur géographique défini. La pêche en pirogue sur la côte est reste une activité dangereuse car la mer peut se déchaîner facilement ! Lorsqu’une telle disparition arrive, tous les membres du groupe se réunissent dans la maison du disparu pour une veillée collective au cours de laquelle seront évoquées les petites histoires ayant jalonné la vie du pêcheur. Nulle tristesse, l’esprit du pêcheur ne doit pas être rattaché à la terre par des pleurs et des gémissements, l’ensemble du groupe par sa présence doit lui faciliter le passage vers l’au-delà. Quelques années plus tard, si le comportement de son vivant l’a mérité, une autre cérémonie sera faite, plus importante, qui lui permettra d’accéder au statut de razana. Madagascar est « Tanindrazana », littéralement la terre des ancêtres, la vie est partagée entre les vivants et ceux qui ont vécus…
La tradition de construction navale sur la côte est perdure encore de nos jours et la majorité du commerce maritime se fait avec des bateaux construits dans des petits chantiers, principalement à Maroensetra et Mananara. Les charpentiers de marine travaillent de mémoire, l’enseignement se faisant par transmission directe, et leurs outils sont ceux employés depuis 300 ans : herminette, borzina, marteau, rabot, chevillard (cf. : photo).
Pour la construction des pirogues, les enfants betsimisaraka s’entraînent très tôt et leur fabrication est à la fois jeu et initiation. Regarder ces enfants construire ces embarcations permet de déceler la gravité du futur pêcheur au-delà des sourires et de l’insouciance typiquement Betsimisaraka.
Une fois taillée, la petite pirogue est équipée d’une feuille-voile et trace un sillage dans lequel le petit constructeur s’engagera bientôt et prendra ainsi sa place dans la communauté !
Renseignements, et photographies baie de Tintingue, Manompana, mai 2008.
Les Betsimisaraka furent aussi à l'origine de razzias extraordinaires en alliance avec les sakalaves:
Expéditions pirates sakalavas et Betsimisarakas:
Première relation historique 1750, Rassiriki mercenaire malgache Sakalave aide le sultan Ahmed de Domini contre un de ses ennemis direct. Celui-ci, en récompense de sa bravoure au combat le charge de cadeaux et lui offre le retour sur Nosy-Be en Chebek!
Rassiriki, observe la direction du bateau en se servant du soleil et des étoiles et en établit ainsi la route.
Ayant réussi à convaincre un certain nombre de ses camarades de l’opportunité d’aller se servir dans ces îles, il organise la première expédition. (Pas de détails)
Dès 1778 sous le règne de la reine du Boina Ravahiny on relate des expéditions de pillage vers les îles Comores en collaboration de betsimisarakas (nous n'avons pas réussi à trouver de dessin représentant ces pirogues mais le traitant Dumaine raconte qu'il a vu des pirogues simples ou doubles pouvant atteindre
Ces pirogues pouvaient contenir jusqu'a 40 personnes, les plus grosses expéditions : 500 pirogues, ce qui donne le résultat de 18000 guerriers au paroxysme de ces pérégrinations guerrières.
Le butin consistait en or, en femmes, et surtout en esclaves qui étaient revendus aux traitants européens des mascareignes.
Dumaine relate ainsi que ces expéditions étaient codifiées rigoureusement et que les tractations pour la répartition du butin s'éternisaient en d'interminables Kabary!
Lorsque le pillage eu trop affaibli les îles Comores, les pirates malgaches prirent la décision d'aller plus loin! Les archives arabes, portugaises, hollandaises, anglaises, mauriciennes, françaises donnent suffisamment de données pour affirmer avec certitudes que ces embarcations rudimentaires par leur conception permirent de déstabiliser l'ensemble de la région avec des répercussions historiques considérables! (Ex: le sultan de Mayotte demande la protection de
Mais ces expéditions n'étaient pas de tout repos: une relation faite par un ancien pirate malgache de l'île Ste Marie (confirmé par les archives Arabes de l'île de Zanzibar) raconte qu'une expédition de 1816 comportait 250 pirogues au départ de Nosy-Be, qu'après avoir essuyé une tempête elles ne furent que 68 arrivées à l'île de Maffia. Après le pillage en règle de l'île, les pirates Malgaches furent pris en chasse par une trentaine de Chebeks arabes équipés de canons envoyés par le sultan de Zanzibar! Pris en chasse et n'ayant aucune possibilité de se défendre, (leurs fusils étant hors de porté!) ils ne pouvaient espérer leur salut qu'à la force de leurs rames. De plus, égarés dans une baie qu'ils croyaient être le chemin de sortie, ils furent pris au piège dans une vasière et décimés inlassablement par les canons des Chebeks Zanzibarotes ! Seules douze de ces pirogues purent en réchapper et une seule de celles parties de Ste Marie arriva à bon port!
Cette défaite mémorable marque la fin de ces razzias jamais égalées dans l'océan indien! Certains Auteurs qualifient d'Homériques ces expéditions!
La dernière expédition relatée date de 1820 et il semble bien que ce fut la dernière.
De nombreux facteurs historiques, politiques, commerciaux, s'assemblent à cette date pour mettre fin à cette piraterie organisée.
Les raids étaient programmés sur un système de cinq ans: une première grosse expédition la première année (départ août ou octobre selon le climat) et retour en mai ou juin. Ce sont ces expéditions (jusqu'à 18000 guerriers) qui ruinèrent le système politique qui sévissait à cette époque aux Comores. Les arabes organisés en sultanats se faisaient continuellement la guerre et lorsque les envahisseurs débarquaient en masse la déprédation était totale: imaginez une horde de 18000 guerriers armés de fusils, de sagaies, de lances d'une musculature imposante due à ces efforts quotidiens de rame!
La destruction était totale. Les constructions fortifiées qui existent encore de nos jours dans ces îles furent érigées à la hâte pour pouvoir soutenir des sièges.
Les autres années: seules 50 pirogues prenaient la mer, afin de donner aux sultanats Comoriens le temps de se refaire une économie!
Il faudra l’opportunisme du Gouverneur de l’île Maurice « Robert Farquhar », (un écossais fin politicien), la venue d’un Roi Charismatique « Radama » et une mauvaise gestion des possessions Françaises sur la côte orientale de Madagascar pour que la piraterie Malgache cesse définitivement !
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