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Intérêts de recherche

English version

Résumé de la thèse

Ma thèse, intitulée Political fictions in French contemporary Cinema, portait principalement sur le retour du politique dans les films de fiction français (fictions politiques) des années 1990 et 2000. Je me donnais comme buts principaux de déterminer, d'une part, la part de contribution des fictions politiques contemporaines à un nouveau type de réalisme ainsi que leur originalité formelle et narrative et, d'une autre part, le degré de transformation politique des films inclus dans mon corpus. Pour mener à bien cette théorisation, j'ai utilisé un outil analytique original : la théorie du Troisième Cinéma. Cette théorie m'a permis d'analyser les fictions politiques à travers quatre concepts qui lui sont essentiels et qui sont les suivants : historicité, engagement critique, politicisation, et spécificité culturelle.

Les fictions politiques s'intéressent à la vie et les expériences d'individus et de communautés qui sont marginalisés de deux manières différentes : i) à cause d'un système économique qui semble s'étendre à toutes les sphères et activités humaines : le néo-libéralisme, et ii) à cause d'une tradition culturelle et politique unifiante qui laisse généralement peu d'espace aux particularités (fussent-elles de nature sexuelle, ethnique, régionale ou autre) : le modèle républicain français. Les individus et communautés en question sont la classe ouvrière, les immigrés et la communauté gay. Mon corpus comprend des films de fiction qui sont représentatifs de l'apparition, ou la réapparition, de tels groupes dans le cinéma français contemporain, et reflète la diversité formelle et thématique des fictions politiques. Mon corpus est composé de, par exemple, La Haine (Mathieu Kassovitz, 1995), Marius et Jeannette (1997) ainsi que La Ville est tranquille (2000, les deux films ayant été réalisés par Robert Guédiguian), Wesh wesh, qu’est-ce qui se passe ? (Rabah Ameur-Zaimeche, 2001), Violence des échanges en milieu tempéré (Jean-Marc Moutout, 2003), La Vie rêvée des anges (Erick Zonca, 1998), Seul contre tous (Gaspar Noé, 1998) et les trois films réalisés par Olivier Ducastel et Jacques Martineau, Jeanne et le garçon formidable (1998), Drôle de Félix (2000) et Ma vraie vie à Rouen (2003).

Un grand nombre de fictions politiques oscillent entre des narrations linéaires héritées de la tradition réaliste et naturaliste et des narrations digressives généralement influencées par des modes narratifs provenant du documentaire. L'influence du documentaire est aussi présente au niveau de la mise en scène : en effet, certaines techniques sont dérivées de cette forme non-fictionnelle et mises en contact avec certains dispositifs traditionnellement apparentés à des genres cinématographiques ayant peu d'éléments communs avec le documentaire.

Le degré de transformation politique des fictions politiques varie grandement d'une oeuvre à une autre. Un certain nombre de ces films ne parvient pas à montrer un degré d'historicité complexe, ni à représenter les causes d'oppression et de domination. Ceci dit, la contribution principale des films est double : certaines fictions politiques font preuve d'une certaine résistance contre le risque d'uniformisation culturelle inhérent au modèle républicain français (c'est le cas des films dits beur et gay) ; d'autres fictions politiques optent pour la représentation et la dénonciation du changement culturel provoqué par le néo-libéralisme (un changement qui concerne principalement la classe ouvrière).

Ma thèse de doctorat a été soutenue le 6 janvier 2005.

 

Projet de recherche post-doctoral

Ce projet est intitulé Contemporary French Cinema and Questions of Representation of Gay Communities and AIDS: the Case Study of Olivier Ducastel and Jacques Martineau, et se place dans la continuité de la recherche entreprise lors de ma thèse de doctorat, en partie dédiée à la représentation de groupes marginalisés et minoritaires dans le cinéma français contemporain : la classe ouvrière, les immigrés et la communauté gay. C'est sur cette dernière que je souhaite me concentrer à présent. Plus précisément, ma recherche se porte sur deux cinéastes qui, depuis les 8 dernières années, ont systématiquement représenté, et cherché à remettre en question de précédentes représentations, de la communauté gay et du rapport que celle-ci entretient avec le sida : Olivier Ducastel et Jacques Martineau.

Ducastel and Martineau ont jusqu'à ce jour réalisé quatre long métrages : Jeanne et le garçon formidable, Drôle de Félix, Ma vraie vie à Rouen et Crustacés et Coquillages (2005). Leur oeuvre se distingue d'autres cinéastes par sa diversité formelle (l'une des caractéristiques du cinéma de Ducastel et Martineau sur laquelle je désire travailler) ainsi que par le désir des deux réalisateurs d'arracher leurs personnages gay et / ou séropositifs de précédentes représentations cinématographiques. Leur premier film, Jeanne et le garçon formidable, est une comédie musicale flamboyante à la Jacques Demy qui prend, pour sujet principal, la propagation du sida au sein de la communauté hétérosexuelle. Drôle de Félix est un road-movie au ton enlevé qui se déroule dans une France rurale et idéalisée. Le personnage éponyme est un jeune homme d'origine nord-africaine, séropositif, qui décide de traverser la France en auto-stop (de Dieppe à Marseille) afin de rencontrer son vrai père. Ma vraie vie à Rouen est un film expérimental entièrement tourné à l'aide d'une caméra numérique. Construit comme un home movie / journal vidéo, ce film se concentre sur la découverte d'un jeune adolescent des désirs pour d'autres hommes. Crustacés et coquillages, quant à lui, utilise certaines conventions génériques empruntées au vaudeville et à la comédie musicale. Il partage, avec Ma vraie vie à Rouen, un intérêt pour un personnage masculin (ici, un père de famille d'une quarantaine d'années) qui, tant bien que mal, tente de concilier sa vie présente avec son homosexualité refoulée.

L'une des raisons principales pour ce projet de recherche post-doctoral est que les films de Ducastel et Martineau marquent une rupture avec les représentations précédentes de l'homosexualité dans le cinéma français. Mon premier objectif est justement de souligner et de discuter l'évolution de l'image des personnages gay dans ce cinéma. Les films de Ducastel et Martineau seront donc essentiels dans cette analyse. Ceci dit, je me tournerai aussi vers d'autres oeuvres cinématographiques qui, à l'instar des films de Ducastel et Martineau, ont contributé à une représentation nuancée de l'homosexualité et des relations homosexuelles (tels que L'Homme blessé (Patrice Chéreau, 1983) et Les Roseaux sauvages (André Téchiné, 1994)) et à l'émergence d'un cinéma gay français (par exemple, les films de Sébastien Lifshitz (Presque rien, 2000) et Wild Side, sorti en salles en 2004). Il sera aussi utile et intéressant de nuancer cette discussion en incluant d'autres oeuvres cinématographiques qui proposent une représentation de l'homosexualité moins subtile et progressiste, par exemple Le Placard (Francis Vebert, 2001), Pédale douce (1996) et Pédale dure (2004, tous deux dirigés par Gabriel Aghion).

Mon autre objectif est d'analyser la représentation du sida dans les film de Ducastel et Martineau. Jusqu'à présent, un nombre limité de films ont tenté de représenter la maladie, Merci la vie ! (Bertrand Blier, 1991) et Les Nuits fauves (Cyril Collard, 1993) étant deux des exemples les plus connus. Mon but ici est de découvrir des ruptures et des correspondances entre ces films et ceux de Ducastel et Martineau. Les long-métrages de ces derniers sont importants en ceci qu'ils sont parvenus à enregistrer une partie de l'évolution de la maladie et de certaines de ses significations. Plus précisément, Jeanne et le garçon formidable a cherché à représenter le sida en tant que crise politique. À l'opposé, la représentation du sida dans Drôle de Félix est visiblement marquée par l'apparition des polythérapies : ici, la maladie devient plus 'conventionnelle' et semble débarrassée, du moins temporairement, de sa dimension politique.

En résumé, mon projet de recherche post-doctoral aura pour but principal de retracer l'évolution de la représentation de l'homosexualité et du sida à travers des oeuvres cinématographiques de fiction récentes et de grand public. Les films de Ducastel et Martineau constitueront les exemples clefs de cette étude, et contribueront à illustrer l'idée que le rapport entre l'image cinématographique et l'homosexualité / le sida (ou de façon plus large, le rapport entre le cinéma français et la représentation politique des groupes minoritaires et de leurs expériences) est en renégociation constante.