Le défiguré


Mardi le 3 mai 2009, 18 h 13. Environ une semaine après sa libération Sébast Le Couturier était maintenant à nouveau revenu à ses vieilles habitudes, sauf qu’il devait complètement repartir à zéro cette fois, puisque ses biens et sa résidence ont tous étés confisqués par la Justice. Il logeait provisoirement dans une chambre miteuse du motel 2 Étoiles du quartier St-Henri de Montréal, et avec David Demers, son fidèle acolyte, il essayait d’acheter des armes pour ensuite les revendre plus cher, sans grand succès. Plus les jours avançaient plus Sébast déprimait, et il gueulait, les poings élevés : « Putain d’enculé, pourquoi es-ce que personne ne veut faire affaire avec moi ? Pourtant j’étais l’un des meilleurs même si je n’étais pas très puissant. Je comprends rien… » « Patience Seb, ça va venir vite tu sais, car tout ne vient pas comme ça sur un plateau d’argent. » dit David. « Qu’es-ce que t’en sais hein le smatte ? Toute façon je n’ai rien demandé pour avoir un enculé de son père de plateau d’argent. » rumina le défiguré. Tout à coup quelqu’un frappa à la porte de la chambre, et la gérante, une vieille et minuscule femme au long cou, au visage ruiné par des années de tabac et aux cheveux sales dit à basse voix : « M. Le Couturier, 2 hommes veulent vous voir en bas. » Le truand envoya promener la petite madame, et lui et son ami descendirent dehors. Une limousine jaune moutarde aux vitres teintées se tenait devant l’entrée du motel mal famé, et une main bourrée de bagues et de tatouages représentant des têtes de mort fit signe à Sébast d’approcher. « Sébast Le Couturier hein ? On a entendu parler de toi, et on a quelque chose à te proposer qui va vraiment t’intéresser. » dit l’homme en costume blanc et rose et d’aspect dégarni. « Alors c’est quoi tu veux me dire ducon ? » demanda le balafré, mordant d’impatience. « On a une petite cargaison d’armes dont on voudrait se débarrasser, et nous avons des amis dans le nord de la ville qui vont organiser cette vente. Ça te va ? » « Dans le nord ? Yark j’aime pas cette partie de Montréal, car ça pue le purin de ma cousine Sophie à plein nez, et en plus les filles ne savent pas se maquiller ni s’habiller. J’accepte, mais à condition d’avoir 50 000 $ en liquide après le marché. » répondit le rouquin blond avec un sourire malsain. Cette réponse enragea le truand dans la voiture, et il pointa à la vitesse de l’éclair son Smith & Wesson 9 mm sur Le Couturier. « Tu capotes ou quoi face de gland ? Tu commences et tu veux déjà t’en mettre plein les poches ?!? Tu te prends pour Tony Montana hein ? » Sébast regarda son interlocuteur dans les yeux d’un air menaçant, ce qui mit définitivement mal à l’aise le criminel, et il finit par accepter. « Bon ok; ce soir on va venir te porter une mallette de 10 500 $, et ensuite tu dois aller les rencontrer dans la cour d’une ancienne école secondaire demain soir, et ils seront dans une van noire. Voici l’adresse elle est écrite sur le papier avec mon numéro de cellulaire en cas d’urgence. » « Tu te fous de moi ou quoi ? J’ai appris à lire avant toi fouille-merde tu le sais bien. » rugit Sébast, écoeuré de la situation intenable. La limousine s’éloigna en vitesse, et le balafré dit à David : « J’ai pas confiance en ces enfoirés de 3e classe; ils n’ont pas l’air d’avoir un maudit millimètre d’honnêteté en eux. »

 

Plus tard, le bandit nommé François-Luc vint porter l’argent à Sébast, et ce dernier fila dans la nuit avec David vers le point de rencontre. Après une demi-heure de route ils arrivèrent dans la cour de l’école abandonnée, une sombre bâtisse plutôt imposante, et ils repérèrent la van en question, cachée dans l’ombre. Trois gars, âgés dans la jeune vingtaine environ et vêtus de vêtements d’adolescents en mauvais état, regardaient avec amusement l’auto de David s’arrêter à quelques mètres d’eux. « Hey hey si c’est pas Sébast Le Couturier en personne… Content de t’voir le défiguré. » dit le plus grand du trio, qui est le chef. « Qui t’attendais de voir hein le jeune ? Mary Poppins ? Je ne vole pas avec un esti de parapluie habillé en grand-mère dans le ciel moi; je vends des armes, et c’est pour ça que je suis venu. Bon où sont les bijoux ? » demanda avec irritation Le Couturier. « Elles sont dans notre appartement. » répondit avec un sourire mesquin le gars à droite du grand, qui est d’à peu près la moitié la taille de son ami. « Comment ça dans votre appart ? » rouspéta le balafré. « Parce que on veut s’assurer que tu as toute le cash d’abord. » siffla le 3e bandit avec sa voix menaçante et caverneuse, sans contredit le plus costaud d’eux. Sébast commençait à craquer sous l’effet de la colère, mais décida de jouer leur sale jeu : « Moi non plus j’ai pas le foin, car j’ai grimpé sur le toit de cette saloperie d’école ruinée, et je l’ai jeté dans la cheminée. » Il était tellement content en dépit de la situation qu’il en souriait à pleines dents, et le grand gringalet se fâcha. « T’es sûr ? Car sinon tu vas te sentir désolé d’avoir juste ta brûlure… » dit-il en sortant son canif. « Tu penses que ta lame va m’effrayer hein petite merde ? Moi j’suis armé non avec de l’argent massif mais du plomb. » Il sortit son Magnum .357 de son pantalon, et le plus petit du trio fit de même, et il tira vers Sébast, blessant superficiellement son bras gauche. David pointa son arme, un Colt 1911, sur le morveux, et il fut atteint entre les yeux en tombant net sur le ciment. Cependant le musclé sortit un pistolet à clous de leur véhicule, et blessa les genoux de l’acolyte du défiguré, qui fut douloureusement mis à terre. Sébast s’enragea, et il vida son chargeur sur le con. « SALOPE DE CHIENNE TU TE PENSES BON HEIN ? REGARDE-TOI PÉDÉ TA MÈRE AURAIT HONTE DE TOI !!! » hurla-t-il. Le grand costaud avait les yeux crevés et la gorge ruisselante de sang, et le maigrichon, assistant au massacre, était très nerveux et tremblait comme une feuille. « S’il te plait laisse-moé tranquille, j’suis juste armé de mon crisse de couteau seulement. » dit-il en se mettant à genoux, un mauvais plan lui trottinant la tête. Le Couturier s’approcha de lui pour le frapper la tête, mais le con sortit son canif de sa manche à une vitesse fulgurante pour poignarder les couilles du truand, tentative qui fut vaine. David, titubant avec ses blessures aux genoux, tira un coup sur le cœur du crotté, qui tomba à la renverse. Sébast ouvrit les portes arrière de la van, et 2 caisses remplies de pistolets variés se trouvaient à l’intérieur. « Les enfoirés d’enfoirés, ils m’ont tendu un piège; je le savais qu’ils n’avaient pas de parole en eux. » rumina le truand en amenant les caisses dans l’auto. « Sébast aide-moi svp à regagner la voiture. » râla David. Son ami l’aida, mais au loin il entendit des sirènes de police. « Fuck de merde, dégageons bâtard !!! » cria Le Couturier. La Lotus S33, conduite par Sébast, s’évanouit en direction sud hors de danger, et malgré la mauvaise tournure des événements il avait les armes plus l’argent inutilisé. Il compte garder le fric pour lui-même sans le dire à François-Luc, et ce fumier ne s’en rendra pas compte tellement il est faible d’esprit…

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