CENTRE D'ETUDES DE LANGUES BIBLIQUES

"Ils examinaient les Ecritures"(Actes 17/11)

HEBREU - Ressemblance syntaxique entre l'hébreu biblique et le créole antillais

 

"Mais de l'arbre de la connaissance du bien et du mal, tu n'en mangeras pas ; car au jour où tu en mangeras, tu mourras certainement"(Gen. 2:17)           

 

וּמֵעֵץ הַדַּעַת טוֹב וָרָע לֹא תֹאכַל מִמֶּנּוּ כִּי בְּיוֹם אֲכָלְךָ

מִמֶּנּוּ מוֹת תָּמוּת ׃                                          

 

En hébreu, la notion de certitude se traduit le plus souvent par la répétition ou le redoublement du verbe.

Prenons, par exemple, la deuxième partie de ce verset de Gen. 2 :17

 

 כִּי בְּיוֹם אֲכָלְךָ מִמֶּנּוּ מוֹת תָּמוּת ׃

 

Une traduction littérale donne à peu près ceci :

« Car le jour où tu en mangeras, mourir, tu mourras

 

(  מוֹת תָּמוּת  ) »

 

On comprend alors que beaucoup de langues modernes, dont la syntaxe est si différente de celle de l’hébreu, ont du mal à proposer une traduction qui serait calquée sur celle de l’hébreu.

 

A ce sujet, Paul Joüon, l’auteur de la classique « grammaire de l’hébreu biblique » reconnaît que « nos langues n’offrent pas de procédé exactement semblable à celui de l’hébreu…et qu’il n’est pas à propos d’imiter l’hébraïsme en répétant le verbe fini »

 

Par conséquent, les versions françaises, par exemple, ont généralement recours à l’adverbe « certainement » pour traduire ce verset. « tu mourras certainement »

 

Assez curieusement, ce n’est  du tout pas le cas en créole antillais. Nous constatons que l’idée de certitude se traduit aussi par la répétition du verbe, exactement comme en hébreu.

 

La fin de Gen. 2 :17 donne ceci en créole antillais : « sé mô ou ké mô » (littéralement, (c’est) mourir tu mourras.

 

«  »(infinitif en créole) correspond à l’hébreu  מוֹת  ( infinitif absolu à la forme qual servant à introduire l'idée de certitude ou d'emphase)

 

« ou ké mô »(futur en créole) correspond à l’hébreu   תָּמוּת  (inaccompli ou futur, toujours à la forme qual)

 

Etonnant peut-être, mais il y a bien ici, une très grande ressemblance syntaxique entre l’hébreu biblique et le créole antillais.

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GREC - Prendre sa croix

 

"Celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas ne peut pas être mon disciple"(Luc 14:27)

 

ὅστις οὐ βαστάζει τὸν σταυρὸν ἑαυτοῦ καὶ ἔρχεται ὀπίσω μου οὐ δύναται εἶναί μου μαθητής.

 

Dans ce texte, la négation exprimée en tête de la première relative porte également sur la seconde.

Traduction : "Celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas ne peut être mon disciple"

Toutefois, on pourrait aussi comprendre ce verset de la manière suivante :

" Celui qui ne prend pas sa croix et qui me suit(καὶ ἔρχεται ὀπίσω μου) ne peut être mon disciple"

Autrement dit, celui qui me suit, sans avoir pris sa croix, celui qui prétend me suivre sans risquer sa vie, ne peut être mon disciple.

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Grec - De l'Indo Européen au Grec du N.T

 

Première partie

     La langue grecque trouve son origine dans ce groupe linguistique très important appelé l'indo-européen, importé en Grèce par des vagues successives d'immigrants(Achéens, Ioniens) vers l'an 2000 avant Jésus-Christ. Cette langue préhistorique, ancêtre du grec, nous est malheureusement inconnue de façon directe. Cependant, grâce à l'étude comparative des langues issues du même groupe comme par exemple le latin, l'arménien, l'iranien, le slave, l'albanais, le hittite et principalement le sanskrit, on a pu restituer l'essentiel de l'indo-européen.

     Avec la dispersion du peuple grec dans diverses régions et à diverses époques(car comme nous le rapporte Thucydide, "la Grèce...n'était pas anciennement habitée de façon stable"), le grec nous apparaît sous des formes multiples, qui regroupées par familles prennent le nom de dialectes. Ces dialectes sont classés généralement en quatre groupes : L'arcado-cypriote, l'éolien, le dorien et l'ionien-attique. Très évidemment, des restes de dialectes antérieurs subsitent dans tous ces dialectes. A. Meillet fait observer que des restes d'éolien par exemple, subsistent dans l'ionien de Chios et des restes de parler de types arcado-cypriote dans le dorien des citées de Crète(A. Meillet, Aperçu d'une histoire de la langue grecque, éditions Klincksieck, Paris 1975, p81)

     Tous ces dialectes ne nous sont pas connus avec la même précision. A part l'ionien-attique qui founit une littérature abondante et variée, il nous reste peu de choses des autres dialectes.

     Seules quelques inscriptions, notamment du Vè au IIIè siècle, auxquelles s'ajoutent un petit nombre de gloses, attestent de l'arcado-cypriote qui était parlé en Arcadie, à Chypre et en Pamphylie. De tous les dialectes grecs, il est le seul à ne pas avoir développé une langue littéraire.

     Toute la partie nord de la côte d'Asie Mineure, entre Smyrne et l'Hellespont y compris l'île de Lesbos, était de dialecte éolien. Il en est de même pour la Thessalie et la Boétie. La littérature éolienne est principalement représentée par les poèmes lyriques d'Alcée et de Sappho(VIIè -VIè siècle av. J-C), tous deux de Lesbos. Moins connue est la poétesse Corinne qui, elle aussi, a écrit en béotien. Pindare était de Béotie, mais n'a pas écrit en éolien. A côté de la langue littéraire, ce dialecte est aussi connu par ses nombreuses inscriptions.

Deuxième partie

     Le dorien a appartenu au dernier groupe d'envahisseurs de la Grèce : Les Doriens. Il était parlé dans tout le Péloponèse, à l'exception de l'Arcadie, en Etolie, en Epire, sur la côte sud d'Asie Mineure, dans les îles de la Crète et de Rhodes, en Sicile et en Grande Grèce. Il s'est développé dans ces deux dernières régions et notamment en Sicile, une littérature proprement dorienne avec des auteurs comme Sophron, Théocrite et Archimède, tous trois de Syracuse.

     Malheureusement, de cette abondante littérature, il ne nous reste, pour la plupart, que des fragments ou des textes comme ceux d'Archimède où "le caractère dialectal...a été effacé par la tradition"(A.Meillet, Ibid., p. 102). Ce sont donc les inscriptions, assez nombreuses d'ailleurs, qui constituent notre principale source de connaissance de ce dialecte. Contrairement à l'Ionien, par exemple, qui dès avant l'époque historique a constitué une koïné, le dorien, tout comme l'arcado-cypriote et l'éolien, est resté(à l'exception de certaines grandes régions commerciales et culturelles, comme la Sicile, par exemple, où il s'est formé pour le besoin une vraie langue commune) un ensemble de divers parlers locaux assez mal fixés dans les textes conservés.

     L'ionien et l'attique résultent de l'évolution d'un même dialecte et présentent, de ce fait, beaucoup de traits communs. On peut donc les considérer comme une seule et même langue avec des formes particulières.

     L'ionien était en usage sur un territoire assez vaste. Il faut dire que les Ioniens étaient les grands chefs de la civilisation grecque. On trouve donc le dialecte ionien en Asie Mineure(dans les régions de Smyrne, d'Ephèse et de Milet), dans toute l'île d'Eubée, dans les Cyclades à l'exception de quelques îles comme Cos, Cnide, Rhodes...), en Chalcidique et aux bords de l'Héllespont, en Sicile, en Italie et même en Gaule dans des colonies ioniennes comme Marseille et Agde. Hérodote et Hippocrate se sont exprimés dans cette langue.

Troisième partie

     L'attique, de son côté, couvrait une région moins vaste. Il se limitait principalement à la région du même nom : l'Attique. C'est la langue des grands auteurs classiques des Ve et IVe siècles avant J-C. C'est la langue de Platon, Thucydide, Démosthène, Xénophon, Aristophane, Isocrate, Eschine etc.

     L'ionien-attique est le groupe dialectal où les parlers locaux ont été les moins bien conservés. La quasi-totalité des textes littéraires et des inscriptions témoignent de l'unité de l'ionien-attique autour d'une langue commune officielle, commerciale et littéraire.

     La suprématie économique, politique et culturelle d'Athènes au Vè siècle fit de l'attique le dialecte le plus important du groupe ionien-attique, et par là-même de tous les dialectes grecs. L'attique domine sur toute la Grèce comme langue commerciale et culturelle. Mais ce n'est qu'avec l'expansion de la civilisation grecque, suite notamment aux conquêtes d'Alexandre le Grand, que l'attique se répand hors des frontières dans tout l'empire macédonien. Il est vite adopté comme langue officielle de l'empire et devient dès lors la langue commune ou koïné.

     Mais cette langue commune est un attique évolué et même transformé sous l'influence des langues locales, des autres dialectes grecs et notamment de l'ionien, très proche de l'attique ; c'est un attique qui n'était plus seulement la langue des Athéniens ou des Grecs, mais "a world-speech", "eine Weltsprache" comme disent les Allemands, le parler de plusieurs nations : Egyptiens, Arabes, Syriens, Perses, Juifs, etc.  ; un attique qui n'était plus seulement le parler des hommes cultivés, des lettrés, mais également celui des illettrés, le parler de toutes les couches de la population, de toutes les catégories sociales, un attique très amplement distinct du pur attique littéraire et courant, possédant ses caractères propres et même son propre style littéraire considéré par Thumb comme "a compromise between the vernacular koïné and the litterary attic...between life and school(AT. Robertson, A grammar of the Greek New Testament in the light of Historical Research, Broadman press, Nashville, Tennesseee. p.57). Des auteurs comme Josèphe, Philon, Polybe, Diodore de Sicile, Plutarque, Epictète, etc. attestent bien de ce style littéraire de la koïné que Radermacher décrit bien comme "eine Kunstsprache" (cité par AT Roberson, ibid. p.58).

     C'est dans cette langue commune, ce nouvel attique, le grec des papyrus et des ostraca qui, certes, a beaucoup perdu de la valeur poétique et littéraire de l'attique classsique, mais qu'A. Meillet décrit comme "un bon outil pour la science et la philosophie"(A. Meillet, op. cit., p.269) et le moyen d'exprimer des idées d'une manière exacte et nuancée, que fut rédigée la version dite "des Septante", ainsi que le Nouveau Testament.

FIN

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GREC - Un autre Evangile

 

« …pour passer à un autre Evangile. Non pas qu’il y ait un autre évangile »(Gal. 1 :6-7)

 

εἰς ἕτερον εὐαγγέλιον, ὃ οὐκ ἔστιν ἄλλο·

 

Traduction littérale : « vers(à) une autre bonne nouvelle, laquelle n’est pas une autre »

 

Y aurait-il contradiction dans ce passage de l’épître aux Galates ? Paul parle d’une autre bonne nouvelle, et il  dit en même temps que cette autre bonne nouvelle n’est pas une autre.

 

Pour comprendre l’énigme de ce passage, il faut avoir recours au texte grec.

Le premier « autre » est la traduction de «ἕτερον ».  Le deuxième « autre » est la traduction de « ἄλλο »

 

ἕτερος  désigne assez fréquemment : « un autre d’un genre différent, d’une autre espèce, de nature différente ». Dans ce cas, il a une valeur qualitative.

 

ἄλλος  désigne, parallèlement : « un autre de même type, de même espèce, de même nature ». Dans ce cas, il a une valeur quantitative.

 

J.B lighfoot, dans son commentaire de l’Epître aux Galates, exprime cette différence de la manière suivante : « ἄλλος ajoute, tandis que ἕτερος distingue »

 

A la lumière de ces définitions, nous comprenons que l’apôtre veut indiquer ici aux Galates, qu’il y a toute une variété d’évangiles(et spécialement de nos jours), mais qu’un seul est le vrai, un seul est authentique.

 

L’Evangile vers lequel s’étaient tournés les Galates était autre, dans ce sens où le message de cet évangile différait de celui que Paul leur avait annoncé, mais il n’était pas autre, dans le sens où il serait un second véritable évangile.

 

On peut comparer Marc 12/32 : « Dieu est unique, et qu’il n’y en a point d’autre(ἄλλος) que lui »

 

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