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CURRICULUM VITAE |
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Nom et prénom: BRAESTER MARLENA
Née le 2.X.1953
A: Jassy, Roumanie
Immigrée en Israël: le 6.VI.1980
Etat civil: mariée, un enfant
Adresse permanente: 10, rue Eliezer Alter
32984 Haïfa, Israël
Tél. domicile: 04-8230557
Mel: braester@internet-zahav.net
ETUDES
1972-1976: B.A. et M.A. Faculté de Philologie: Département de Langue et Littérature françaises et Département de Langue et Littérature anglaises - Université de Jassy, Roumanie
1980-1982: M.A. - Faculté des Sciences Humaines: Département de Langue et Littérature françaises - Université de Haïfa, Israël
1984-1991: Doctorat IIIe cycle - Faculté des Sciences humaines: Département de Linguistique - Université de Paris VIII - Vincennes à Saint-Denis
THESES
1976: La non-arbitrarité du signe linguistique
Mémoire de Maîtrise en Linguistique, préparé sous la direction du Professeur Maurice Toussaint et soutenu lUniversité de Jassy, Roumanie.
1982: Langage à létat naissant chez Antonin Artaud et Paul Eluard
Mémoire de maîtrise en Littérature française, préparé sous la direction des Professeurs Jacqueline Michel et Max Bilen et soutenu à lUniversité de Haïfa, Israël.
1991: LIronie dans le fonctionnement du langage
Thèse de doctorat en linguistique troisième cycle préparée sous la direction du Professeur Jean-Claude Chevalier et soutenue à LUniversité de Paris VIII Vincennes à Saint-Denis.
BOURSES
1982-1984 - Bourse Igal Alon
D AUTRES ACTIVITES PROFESSIONNELLES
1984-1989 Membre du Comité de Rédaction de la revue Approches, Cahiers israéliens de poésie, de critique et dart
A partir de 1986 Membre de la Société de Linguistique romane
1990-1998: Membre du Comité de rédaction de la revue Sources - Europoésie, revue de la Maison de la Poésie, Namur, Belgique
A partir de 1995 - Membre de lUnion des Ecrivains en Israël (section Ecrivains francophones)
A partir de 1998 - Membre du Comité Directeur du Centre de Recherche de la Poésie Francophone Contemporaine, Université de Haïfa; co-dirige la revue POESIE ET ART , publiée par le Centre.
1999 organise les Premiers Entretiens Poétiques de Tel Aviv: Voix de France, de Belgique, d'Israël
A partir de 2000 Présidente de lUnion des Ecrivains Israéliens de Langue Française et dirige la publication de CONTINUUM revue des écrivains israéliens de langue française.
2001 Participation au projet « Poèmes dans les arbres » de lInstitut français de Tel Aviv, en coopération avec le Ministère de la Culture et la Mairie de Tel Aviv .
A partir de 2001 dirige lAtelier de Traduction de la Poésie, dans le cadre du Centre de recherches sur la poésie contemporaine de lUniversité de Haïfa.
2003 organise au Centre Culturel Français de Haïfa l'exposition Ut Pictura Poesis dialogue: poèmes - peinture : Bluma Finkelstein, Marlena Braester, Igor Kaplunovitch.
Publication de l'Anthologie de littérature israélienne contemporaine (en langue française) (Association PEN) à paraître 2005.
COLLOQUES ET CONGRES
Convention et signification, Beer-Sheva, 1983:
Pour et contre la non-arbitrarité du signe linguistique
The Fourth International Congress on Humor, Tel-Aviv, 1984:
Lingusitic components of Humor
Du Signe au Texte, Beer-Sheva, 1985:
Questions sur la texture linguistique de lhumour
The Fifth International Congress on Humor, Cork, Ireland, 1985:
Interaction of Humor and Language Functions
Colloque Le Blanc, lInachevé, Haïfa, 1986:
Linachevé comme saisie dune poésie dans lespace: le théâtre artaudien
The Tenth International Conference on Humor, Luxembourg, 1993:
Pragmatic and rhetoric aspects of Irony
Colloque Du Silence à la Parole, Maison de la Poésie, Namur, Belgique, 1995:
Poésie et théâtre chez Antonin Artaud
14ème Colloque Européen sur la grammaire et le lexique des langues romanes, Tel-Aviv, 1995:
La catégorie de la durée en français et en roumain: un cas de dérivation préfixale
Colloque international consacré à Loeuvre de lécrivain Amos Oz, Beer-Sheva, 1997:
Traduire Amos Oz
Colloque international Benjamin Fondane, Royaumont, 1998:
Vers de nouveaux signifiants: de Beniamin Fundoianu à Benjamin Fondane
The 25th Annual Conference - I.A.A.L. (Israel Association for Applied Lingusitics), Haïfa, 1998:
Translating Amos Oz into Latin Languages
The 27th Annual Conference I.A.A.L., Beer-Sheva, 2000:
La boîte noire de Amos Oz: approche contrastive des traductions en français et en roumain
The International Conference on Translation, Halifax, Canada, 2001:
« Les limites du signe en traduction approche contrastive »
Colloque International Andrée Chedid, Haïfa, 2001:
Entre JE et TU: le découpage dun parcours poétiqie
Journée d'Etude Benjamin Fondane, Tel Aviv, 2003
"Les mots se meurent de changer de bouche": Fondane et l'écriture de traduction
Colloque international: Les Enjeux de la traduction, Haifa, 2004
Traduire la poesie dHenri Meschonnic
LISTE DES PUBLICATIONS
Articles
1. Antonin Artaud - un langage létat naissant, Approches, Cahiers israéliens de poésie, de critique et dart, nr.1, Hafa, 1984.
2. Benjamin Fondane et le langage poétique, Approches, Cahiers israéliens de poésie, de critique et dart, nr. 3: Spécial Fondane, Haïfa, 1985.
3. « Le sens propre du figuré » - questions sur la texture de lhumour, in From Sign to Text: A semiotic View of Communication, Foundation of semiotic Series, Amsterdam, John Benjamins Publishing Co., 1989.
4. Les dispersions de la parole, in: Ecrits français dIsraël, La Revue des Lettre Modernes, Paris, Ed. Minard, 1989.
5. Du signe ironique à lénoncé ironique, Semiotica, vol. 92 / 1-2, 1992, Indiana Univ.
6. Book review: A. Gomez-Moriana et C. Poupeney Hart (eds.), Parole exclusive, parole exclue, parole transgressive, Québec, Le Préambule, 1990, in: Revue de littérature comparée, 1991.
7. La poésie israélienne (1), Sources, Revue de la Maison de la Poésie, nr. 10, Namur, Belgique, 1992.
8. La poésie israélienne (2), Sources, Revue de la Maison de la Poésie, nr. 11, Namur, Belgique, 1993.
9. Le mot du poème/le seuil de la poésie: Paul Eluard et Antonin Artaud, Les Lettres Romanes, Tome XLVII, nr. 4, 1993.
10. Ce qui ne se laisse énoncer: des jeux de langage ironiques, Semiotica, nr. 107/ 3-4, 1995, Indiana Univ.
11. Connecteurs pragmatiques, connecteurs ironiques, in Tendances récentes en linguistique française et générale, Lingvisticae Investigationes Supplementa, vol. 20, Amsterdam, John Benjamins Publishing Co., 1995.
12. Poésie et théâtre chez Antonin Artaud, Sources, Revue de la Maison de la Poésie: Actes du Colloque Du Silence à la Parole, Namur, 1996.
13. La traduction du rythme, le rythme de la traduction: traduire Amos Oz, in Poésie et Art, nr. 3, 2001
14. Vers de nouveaux signifiants poétiques, in Rencontres autour de Benjamin Fondane, poète et philosophe, Paris, ed. Parole et Silence, 2002.
15. Le mots se meurent de changer de bouche: Fondane et l'écriture de traduction, Cahiers Benjamin Fondane, 7, 2004
16. A contre-syntaxe: la poésie d'Henri Meschonnic, Poésie et Art, nr. 6, 2004
17. Meschonnic, in Les Enjeux de la Traduction, Actes du colloque, Paris, Ed. Publisud, 2004
18. Ironic distortions of argumentation (à paraître: 2005)
19. Lironie, lhumour et la pensée de la loi (à paraître: 2005)
LIVRES
* La Voix, Elle, poèmes, Paris, Ed. Caractères, 1993.
* Absens, poèmes, Paris, Ed. Caractères, 1996.
* Oublier en avant, poèmes, Ed. Jacques Brémond, 2002: Prix Ilarie Voronca (Rodez, France, 2001).
* La lumière et ses ombres, poèmes, Ed. Jacques Brémond, 2006: Prix "Hélène Jacques-Lerta", Clermont Ferrand, France, 2006
TRADUCTIONS
Benjamin Fondane, Poèmes inédits (traduits du roumain), in LArbre à paroles, nr. 71: numéro spécial Benjamin Fondane, 1992.
Catherine Durandin, O moarte romaneasca, roman, Galatzi, Ed. Porto-Franco, 1993 (traduit du français: Une mort roumaine, Paris, Ed. Guy Epaud, 1988).
Benjamin Fondane, Extraits du Journal, in: M. Carassou, Le voyageur na pas fini de voyager, Paris, Ed. LEther vague, 1996.
Amos Oz, Sa nu pronunti: noapte, Bucuresti, Ed. Univers, 1997 (traduit de lhébreu: ( אל תגידי לילה
Benjamin Fondane, Poèmes, Articles, Journal (extraits), Europe, numéro spécial Fondane, nr. 827, 1998.
Benjamin Fondane, Trois articles (traduits du roumain), Cahiers Benjamin Fondane, nr. 10, Jérusalem, 1998.
Ronny Someck, Rachel Khalfi poèmes, in Poésie et Art, nr. 3, 2001
Amos Oz, Cutia neagra, Bucuresti, Ed. Univers, traduit de lhébreu קופסה שחורה (La boîte noire), 2002 .
Michel Deguy, Jean-Michel Maulpoix, Philippe Beck poèmes, in Poésie et Art, nr. 4, 2002
Admiel Kosman, Miriam Khalfi poèmes, in Poésie et Art, nr. 5, 2003.
Henri Meschonnic poèmes, in Poésie et Art, nr. 6, 2004
PRIX
Prix Ilarie Voronca en 2001 pour le volume "Oublier en avant" (Rodez, France).
Prix "Hélène Jacques-Lerta", Clermont Ferrand, France, 2006, pour le volume "La lumière et ses ombres", poèmes, Ed. Jacques Brémond, 2006
Chevalier dans l'ordre des Palmes Académiques, 2003, pour services rendus a la culture francaise.
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Oublier en avant
http://francais.agonia.net/index.php/author/0008735/index.html |
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nous, les pélerins du désert - les corps tremblant dans leurs contours - nos ombres nous précèdent dans la marche dans sa veillée diffuse il a soif, le désert l'horizon est si proche l'horizon est partout l'horizon de la soif nous, les pélerins du désert - l'horizons de la soif nous appelle - les échos précèdent nos voix séchées les ombres se retournent sur elles-même échos - chaos qui se retourne sur lui-même la lumière se concentre efface les ombres les voix se concentrent effacent les échos restent l'écho de la lumière l'ombre de la voix immense voyelle atone - désert
noi, pelerini ai deşertului cu trupuri tremurând în contururi umbrele ne preced în mersul pustiitor în veghea lui difuză e însetat deşertul orizontul e atât de aproape orizontul e pretutindeni orizontul setei noi, pelerinii deşertului - orizontul setei ne cheamă - ecourile preced vocile noastre uscate umbrele se reîntorc mereu ecou-haos care se întoarce pe propriile urme lumina se concentrează şterge umbrele vocile se concentrează ştergând ecourile rămân ecoul luminii umbra vocii imensa vocala atonă - deşert
We, the pilgrims of the desert - bodies tremble inside their contours our shadows proceed us as we move along the desert thirsts the horizon is so near the horizon is everywhere the horizon of thirst calls the pilgrims of the desert echoes proceed our parched voices shadows double back echoes-chaos repeats itself light focuses on obliterating the shadows voices wipe away echoes the reverberations fade the resonance of the light the shadow of the voice remain a dull, vast sound - the desert
nosotros, los peregrinos del desierto -con los cuerpos temblando en sus contornos- nuestras sombras nos preceden en la marcha en su velada difusa el desierto tiene sed el horizonte está tan próximo el horizonte está por todas partes el horizonte de la sed nosotros, los peregrinos del desierto -nos llama el horizonte de la sed los ecos preceden nuestras voces secadas las sombras se vuelven sobre sí-mismas ecos-caos que se vuelve sobre sí-mismo la luz se concentra borra las sombras las voces se concentran borran los ecos quedan el eco de la luz la sombra de la voz inmensa vocal átona - desierto
Scriitori din Ţara Sfântă vol III Marlena Braester (pagini 41-44)
Ion Cristofor Editura Napoca Star, 2004
Navigând pe undele, uneori atât de capricioase, ale motorului Google, am avut plăcerea de a descoperi pe site-ul WWW.AGONIA.RO. o poetă surprinzătoare. Numele ei e Marlena Braester, este originară din România şi trăieşte actualmente la Haifa. Dintr-un articol reprodus în paginile aceleiaşi biblioteci electronice, intitulat Poezia deşertului la Marlena Braester, aflăm că poeta e autoarea volumului Oublier en avant, apărut în Franţa la Editions Jacques Brémond (2002, Le Clos de la Cournilhe). Volumul a fost distins cu premiul Ilarie Voronca în 2001 aducându-i autoarei şi titlul de Chevalier des Palmes Académiques, ca recunoaştere a meritelor sale în serviciul culturii franceze. După toate probabilităţile, poeziile româneşti reproduse pe site-ul de poezie amintit reprezintă o traducere a autoarei în limba română. Indiferent care a fost sensul procesului de elaborare a poemelor, expresia lor românească e impecabilă, de o remarcabilă fluenţă şi concentrare. O unică, devoratoare obsesie pare să domine imaginarul acestor poeme austere, a căror etică refuză orice fard al stilului: cea a pustiului insinuat în toate interstiţiile şi celulele textului. După cum sublinia Nicole Pottier, poeta adoptă o atitudine ascetică în ce priveşte folosirea materialului oferit de realitatea imediată. Altfel spus, poemele Marlenei Braester sunt o epură a realului, o proiecţie în imaginar a acestuia. Ca şi pentru romanticii de odinioară, pustiul, ca simbol ambivalent, e o imagine perfectă a spiritului contradictoriu, un analogon al sensibilităţii moderne, scindată adeseori între realităţi opuse. Ambivalenţa simbolului apare şi la Marlena Braester subliniată cu pregnanţă, ca o geografie imaginară a sterilităţii, a confruntării cu sine însaşi, cu timpul şi vidul interior. În concepţia poetei din Haifa, fiinţa umană nu e decât un pelerin al deşertului. Ca spaţiu ce modifică şi transfigurează eul torturat de nelinişti, pustiul concentrează în sine lumina şi vocile într-o dureroasă revelaţie existenţială, ca o descoperire a limitelor şi contururilor:
noi, pelerini ai deşertului cu trupuri tremurând în contururi umbrele ne preced în mersul pustiitor în veghea lui difuză e însetat deşertul orizontul e atât de aproape orizontul e pretutindeni orizontul setei noi, pelerinii deşertului - orizontul setei ne cheamă - ecourile preced vocile noastre uscate umbrele se reîntorc mereu ecou-haos care se întoarce pe propriile urme lumina se concentrează şterge umbrele vocile se concentrează ştergând ecourile rămân ecoul luminii umbra vocii imensa vocala atonă - deşert
Atracţia poetei faţă de deşert provine, în buna tradiţie a modernismului din oroarea faţă de tot ce e limitat, de spaţiile închise şi sufocate de convenţii. Pentru a-şi alimenta imaginaţia, visătorul poet are nevoie de stabilirea unor contacte nemijlocite cu spaţii ce-i dau senzaţia ilimatului. Pustiul constituie pentru Marlena Braester un succedaneu al mării, un spaţiu imaginar al purităţii. Ca şi întinderile vaste ale mării, deşertul e caracterizat de două dimensiuni fundamentale: senzaţia de nesfârşit şi mobilitatea. Dunele de nisip reproduc cu fidelitate geometria sinuoasă, vastă şi ondulantă, a valurilor marine. Pustiul e aici o imagine concretă a elanului de dezamăgire, o proiecţie în imaginar a spaţiului marin, o reminiscenţă a acestuia, ca în poemul "S-au despărţit marea de nisip":
s-au despărţit marea de nisip îşi aminteşte deşertul
urme ale mării ale mării dinainte de deşert
doar opalul a reţinut apa pentru a ucide transparenţa - lumină în miezul întunericului -
opalul de foc sub pleoapele albite de lumină
şi tot acest timp care ucide spuma mării şi tot acest foşnet al spumei
stingându-se
Imagine a timpului devorator, deşertul pare că modulează însaşi construcţia poemelor, structura scriiturii, alcătuită uneori din fragmente. Totul sugerează sfărâmarea textuluiîn unităţi mărunte, de sine stătătoare, asemenea firelor de nisip. Se impune aici o estetică a fragmentarului, în care versurile au o mişcare delicată, amintind dinamica firelor de nisip sub brizele ce stăpânesc marile întinderi deşertice. Scriitura înaintează prin mişcări lente ale cuvintelor, prin gesturi abea ghicite ale unei sintaxe esenţializate la maximum. Această lentoare sugerează o încremenire a timpului, o pendulare imperceptibila a imaginaţiei între vis şi realitate, ca în poemul intitulat "acolo unde timpul e lentoare":
transparenţa drumului m-a adus în vaga cetate infinit de lentă ora în care ziua nu încetează să scadă până la curentul sub-ritmat de străzile lungi nu am văzut decât de două ori vaga cetate mereu încleştată de lentoare o dată în vis o dată în realitate acolo unde realitatea nu are nimic real nu am visat decât o dată vaga cetate dar a rămas prinsă în real de atunci acolo unde timpul e lentoare
Spaţiu simbolic cu multiple semnificaţii, deşertul e traversat "de curenţi subterani/ce poartă în sine/seve şi lave". Sunt afirmate aici polivalenţe ce aduc în poezia Marlenei Braester o lumină puternică, element emblematic, ce spiritualizează, dă viaţă sau ucide, în funcţie de intensitatea sa. Lumina impune sensibilităţii noi dimensiuni, fiind traversată de "rafale de silabe-frunze-strigăte/de somnuri grele immobile". Spaţiu "de neînţeles" , "în aşteptare", pustiul e un loc rezervat marilor revelaţii. O revelaţie e şi poezia Marlenei Braester, prin versuri ale căror sicitate şi concentrare extremă se impun definitivîn conştiinţa cititorului. Oricare rezerve am avea pentru bibliotecile rătăcite în spaţiul electronic al calculatoarelor, trebuie să recunoaştem că poeziile autoarei din Haifa constituie o profundă lecţie a esenţialului.
Ion Cristofor s-a născut la 22 aprilie 1952.Este licenţiat al Facultăţii de Filologie a Universitaţii Babeş-Bolyai din Cluj (1976). Doctor în filologie. Redactor la Echinox (1973-1976), Tribuna (1987-2002), secretar de redactie al revistei Cetatea culturală. Autor al volumelor de poezie În odăile fulgerului (1982), Cina pe mare (1988), Marsyas (2001), Sărbătoare la Ospiciu (2004). Colaborator la Dicţionarul scriitorilor români, Dicţionarul esenţial al scriitorilor români (2001)
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Oublier en avant : Et le désert avance... Par Marie-Laure Vallée |
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Le désert avance, c'est une évidence. Comme un message fataliste de réalité ambiante. Nous sommes en pèlerinage dans le grain de poussière de nos vies, vers des riens futiles qui nous abreuvent pour mieux nous aveugler. Etrange miroir que le sable du destin. et dans la gorge pas assez de place pour la soif. Avides de tout serions nous tombés dans un gouffre atone où le corps s'enfonce, donc l'esprit ? Au loin, la ville troublée par le regard. Lumière et ombre. Lenteur assurée. Accessible ou non, elle n'aura rien de concret à offrir. Encerclée par le désert qui progresse, elle sera bientôt ensevelie. La chute dans l'abîme. La voix nous devance, comme le visage ou la poésie ensablée. Plus nous voulons la lire, plus elle s'enlise. Entre le sable et l'homme : l'air enfin libre, pourtant où commence l'oubli qui avance.
Faire alors de son stylo une plume de sable pour écrire le poème silencieux comme le désert afin de mieux nous retenir, et retrouver nos repères. Si "le désert ne voit pas, il se souvient" : avant était l'océan. Seule la vue sait tendre l'oreille, néanmoins l'attente indifférente finira par nous brûler et de nos corps assoiffés le désert aura raison. Quand l'homme aura saisi l'histoire de ses propres mondes passés et à venir, alors petit point posé sur le sable emprisonnant ses échos, il fixera "le vertige". Mais restera, sous le grain de sable, le devenir de toutes les pierres, précieuses, comme un ultime espoir de vie.
"Oublier en avant" est une promesse poétique, une prophétie en quelque sorte qui interpelle le lecteur par le noir dessein de son message en vers rythmés par le flux d'un désert oppressant dans lequel la voix et l'écho reviennent sans cesse. Si ce n'est par l'eau, nos ères futures se verront emportées par le désert. L'auteur souligne ce que nous voudrions gommer. A moins que la lyre ne vienne nous sauver de nous - mêmes, encore faudrait- il que nous sachions la voir pour la saisir.
Marlena Braester- qui a reçu le prix Ilarie Voronca pour son recueil - n'a pas tort. L'homme a perdu son idéal du beau, du bien préférant le confort douillet d'une vie établie par le quotidien, à la recherche du succès, du progrès. Ceci au détriment de ce qui l'entoure. Sans doute avons nous oublié les valeurs basiques de l'existence pour nous concentrer sur notre réussite personnelle, mettant de côté ce qui nous gêne ou peut paraître désuet aux yeux de la société qui en a décidée ainsi, car il faut suivre le courant au risque de s'y noyer. Alors, avant que le poème d'une fin annoncée ne devienne réalité avancée, interrogeons- nous.
Oublier en avant, Marlena Braester, Editions Jacques Brémond, 46 p., 2002, 10 . Editions Jacques Brémond, Le clos de la Cournilhe, 30210 Rémoulins - Sur - Gardon.
Image accroche © Yaovi  |
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18/12/02 | |
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Une poésie irradiée par le désert...
par Christian Hubin |
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Une poésie irradiée par le désert
Marlena Braester, Oublier en avant, Editions Jacques Brémond, 2002.
Lauréate du prix Voronca de lan dernier, Marlena Braester vient de voir paraître son recueil aux éditions Jacques Brémond sous un titre paradoxal et très beau : « Oublier en avant ». Parlons de la mémoire, sobrement. Marlena Braester nous vient dIsraël, mais au-delà, elle vient de la Roumanie, dont une uvre encore, une de plus, confirme le tribut remarquable à la littérature française et particulièrement à la poésie. Elle vient donc précédée et comme protégée par lombre du grand Ilarie Voronca. De sa poésie à lui, je sais peu. Ce qui ma frappé, cest son enthousiasme, sa générosité, son lyrisme tout entier nourri dhumanisme, de confiance, en dépit de la fin tragique que lon sait. Un signe des temps, dont il serait dangereux et abusif de tirer trop vite des conclusions, cest que Marlena Braester me paraît très représentative de sa génération à elle, dont les préoccupations, la sensibilité poétique diffèrent grandement . Si je devais men tenir à quelques traits caractéristiques de la poésie telle que nous lentendons aujourdhui, je soulignerais quelle se nourrit de très peu : elle fuit le lyrisme et particulièrement le lyrisme autobiographique. En revanche, elle témoigne de ce que lon pourrait appeler la fascination des éléments dans ce quils ont à la fois dinsaisissable, dabsent. Tous les poèmes de Marlena Braester sont irradiés par le désert, la mer, la pierre, le sable. En somme (et sans vouloir du tout en restreindre la portée), cest une poésie du vide. Mais non un vide synonyme de néant, dabsurde ; tout au contraire, cest une présence réelle des choses défiant dêtre nommées. Et la modernité de cette démarche est dans le sentiment (communiqué à tout instant ) quelle va buter contre ses obstacles. Je tiens pour la parole même (comme Bernard Vargaftig ) celle qui débouche sur la métaphysique, sans discours, sans théorie ; celle qui, de lintérieur du vide, se heurte aux limites qui sont celles de la conscience et celles du langage. Pour preuve, ces quelques brèves citations:
je tourne autour du poème emmuré dans linsonore jécris dabord le dernier mot du poème pour retrouver le commencement de la lumière quil avait mis dans la voix
(
)
le désert est né aveugle un son a décomposé limage sans voir que je vois
Et encore, pour celle qui résonne à travers Marlena Braester :
la pierre sentoure de son désert futur nuit et jour sous la pierre rose sapaise une couche de poussière rose jour et nuit nuit et jour sapaise lavenir de toutes les pierres
Oublier en avant. Comme une destination qui allège, supplée. Désert devant nous. Désert en nous. A ces conditions seulement, cela parle.
CONTINUUM NO1 REVUE DES ECRIVAINS ISRAELIENS DE LANGUE FRANCAISE
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Sur Francopolis, par Nicole Pottier
http://www.francopolis.net/vues/MarlenaBraester-Oublier-Agonia.html |
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e qu'on y voit, ce que cela nous inspire, aux quatre coins du monde. |
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Oublier en avant de Marlena Braester
Oublier en avant, Marlena Braester, Editions Jacques Brémond, 46 p., 2002, 10 . Editions Jacques Brémond, Le clos de la Cournilhe, 30210 Rémoulins - Sur - Gardon.
L'eau le désert Écouter "el agua el desierto"
Leau le désert
des cris fusent une voix s'arque au-dessus de l'abîme l'écho se courbe prend la forme de l'abîme se heurte s'amplifie s'écrase rebondit
sous la voûte de l'écho l'eau le désert l'eau le désert
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apa deşertului
strigăt după strigăt strigăt în strigăt o voce se arcuieşte lung peste prăpastie amplă cădere ecoul se încovoie ia forma abisului se zdrobeşte se adună din fărâme ţâşneşte iar
sub bolta ecoului apa deşertului apa deşertului
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el agua el desierto
gritos brotan una voz se arquea por encima del abismo el eco se curva toma la forma del abismo se choca se amplia se aplasta rebota
bajo la bóveda del eco el agua el desierto el agua el desierto
(traduction : Nicole Pottier)
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Une poésie en mouvement, un recueil qui se construit au fil de la traversée du désert, dans un voyage qui na plus de destination initiale, un poème dont sest écrit dabord le dernier mot. Des pensées recueillies, réfléchies sur elles-mêmes, car le désert les a mûries en un acte de langage sur soi-même, une poétique qui naît du silence des mots, de la soif ardente de la traversée dans une lumière omniprésente et brûlante, du balancement des dunes de sable aux contours éphémères dont le grain na plus le poids, de la clepsydre qui sensable hors du temps qui devient éternité, des regs rocailleux aux couleurs ocres qui projettent les ombres, les arquent, courbent les lignes où seffrite le son, se perd le regard, revient en arrière, oublie en avant.
"Nous les pèlerins " du désert" Écouter "Nosotros los peregrinos del desierto"
nous, les pèlerins du désert
nous, les pèlerins du désert - les corps tremblant dans leurs contours - nos ombres nous précèdent dans la marche dans sa veillée diffuse il a soif, le désert l'horizon est si proche l'horizon est partout l'horizon de la soif nous, les pèlerins du désert - l'horizons de la soif nous appelle - les échos précèdent nos voix séchées les ombres se retournent sur elles-même échos - chaos qui se retourne sur lui-même la lumière se concentre efface les ombres les voix se concentrent effacent les échos restent l'écho de la lumière l'ombre de la voix immense voyelle atone - désert
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noi, pelerini ai deşertului
noi, pelerini ai deşertului cu trupuri tremurând în contururi umbrele ne preced în mersul pustiitor în veghea lui difuză e însetat deşertul orizontul e atât de aproape orizontul e pretutindeni orizontul setei noi, pelerinii deşertului - orizontul setei ne cheamă - ecourile preced vocile noastre uscate umbrele se reîntorc mereu ecou-haos care se întoarce pe propriile urme lumina se concentrează şterge umbrele vocile se concentrează ştergând ecourile rămân ecoul luminii umbra vocii imensa vocala atonă - deşert
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Nosotros, los peregrinos del desierto
nosotros, los peregrinos del desierto -con los cuerpos temblando en sus contornos- nuestras sombras nos preceden en la marcha en su velada difusa el desierto tiene sed el horizonte está tan próximo el horizonte está por todas partes el horizonte de la sed nosotros, los peregrinos del desierto -nos llama el horizonte de la sed los ecos preceden nuestras voces secadas las sombras se vuelven sobre sí-mismas ecos-caos que se vuelve sobre sí-mismo la luz se concentra borra las sombras las voces se concentran borran los ecos quedan el eco de la luz la sombra de la voz inmensa vocal átona - desierto
(traduction : Nicole Pottier)
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Voici une invitation à traverser le désert, en une marche lente, silencieuse, isolée, à partager une équipée , en réalité un pèlerinage, où les ombres traversent la lumière omniprésente, qui sèche les êtres. « Nous les pèlerins du désert » « marchons » « avec lenteur ». Un groupe sest formé pour ce pèlerinage, voyage aux sources, dans un univers mystérieux voire hostile : les échos précèdent, les ombres se retournent . En même temps que le voyage sinitie, le poème sécrit. Tous les éléments sont présents : les contours diffus et lhorizon, la lumière et lombre de la voix, lécho de la lumière et le silence, le désert et la première lettre du livre qui sébauche. Car la lumière possède une intensité particulière qui redessine les arêtes nettes et vives des dunes dans leur contour aigu, cependant quelle modèle ces mêmes dunes dans de subtils dégradés. Jeux de lumière où les ombres deviennent encore plus marquées dans un espace où la désolation souligne et renforce l'immensité. Immensité faite de sable qui se joue de lêtre humain dans ses tempêtes, dans ses nuits, qui redessine le paysage, qui réécrit le poème, puisque « effaçant les lettres dun poème déjà écrit ».
Pierre et sable à la fois Écouter "Piedra y arena a la vez"
pierre et sable à la fois
le sablier étrangle le désert entier pierre dans le sable sable dans la pierre pierre et sable à la fois le discontinu et l'insomnie étranglés se dénouent les heures une à une se dénouent les instants un à un
suicide du sablier
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sinuciderea clepsidrei
clepsidra sugrumă întregul deşert piatră cu miez de nisip nisip cu miez de piatră
sugrumate se deznoadă orele una câte una se deznoadă momentele unul câte unul
sinuciderea clepsidrei
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Piedra y arena a la vez
el reloj de arena estrangula el desierto entero piedra en la arena arena en la piedra ambas piedra y arena lo discontinuo y el insomnio estrangulados se deshacen las horas una a una se deshacen los instantes uno a uno
suicidio del reloj de arena
(traduction : Nicole Pottier)
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Dans ce somptueux et écrasant paysage, le voyageur est un corps ramassé en ses sens, une existence qui traverse les temps de la même manière quil traverse le désert. Le temps et les repères sabolissent dans cet univers où nous remontons nos origines. Passé et futur convergent de nouveau dans les dimensions cosmiques du désert qui est comme une ultime frontière, de fait "une traversée sans présent. Pratiquement sans changement pendant quatre milliards d'années, le désert a été longtemps considéré comme "hostile aux humains." Pourtant c'est ici que les expériences existentielles qui ont mené aux trois religions principales du monde - judaisme, christianisme, et Islam furent possibles. Chacune des trois a commencé dans le désert. Le désert signifie à la fois destruction et renouvellement, mort et vie mais tout dépend de la manière dont l'homme appréhende cet environnement. Le désert est un absolu qui contient en son essence la foi en lhomme, un humanisme foncier. Car c'est bien d'une foi qu'il s'agit mais d'une foi perdue dans un monde qui ne s'étonne même plus du silence de Dieu.
Les mythes comme les pierres
Les mythes comme les pierres
les mythes commes les pierres quelques lettres non déchiffrées sèchant au soleil je tourne la tête ce mot - disparu
au coeur de la pierre la plus dense obscurité le pouls des pierres l'instant qui rend insupportable la cohésion de la matière: les grains de sable sont nés ayant oublié l'unité de la pierre
passe le spasme de la pierre passe l'onde indolente de l'heure sur la dune naissante restent les mythes comme les pierres
le temps les pierres
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miturile, ca şi pietrele
miturile ca şi pietrele câteva litere nedescifrate uscându-se la soare întorc capul cuvântul acela - dispărut -
în inima pietrii cea mai densă obscuritate pulsul pietrelor momentul care face insuportabilă coeziunea materiei firele de nisip s-au născut uitând întregimea pietrii
trece spasmul pietrii trece unda indolentă a orei peste duna abia nascută rămân miturile ca nişte pietre
timpul pietrele
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los mitos como las piedras
los mitos como las piedras algunas letras sin descifrar secando al sol vuelvo la cabeza esa palabra - desaparecida
en el corazón de la piedra la más densa oscuridad el pulso de las piedras el instante que hace insoportable la cohesión de las materia : nacieron los granos de arena habiendo olvidado la unidad de la piedra
pasa el espasmo de la piedra pasa la onda indolente de la hora por la duna naciente quedan los mitos como las piedras
el tiempo las piedras
(traducción: Nicole Pottier)
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Rencontre et confrontation avec une autre dimension où sinversent les valeurs, où sépurent les perceptions, les sensations. Une « poésie-érosion » naît des sons, des voix, des visages, des regards. Pas dinterrogation, le désert est une « immense voyelle atone », un commencement au-delà de la voix, et il faut « garder le souffle » , suivre jusquau bout... linspiration, dans le silence. Le désert devient présence, se personnifie, il est linterlocuteur qui fournit la trame au poème, cest lui qui écrit le poème qui se transforme alors en une « mise en scène de loubli ». Englouti dans cet infini, le poète témoigne sur lui même, fixe le vertige: découvrant son "humanité, il l'assume comme seule source possible de sa grandeur. Le désert dépose lentement ses semences, grains de sables dont la cohésion donnent sa forme à lexistence: Cest alors que jexiste, cest alors que "je existe le moins Dans ce silence où "l'instant na plus le poids du grain", lêtre recompose son unité, achève le poème dans ce terreau fertile du désert, où pour parler du signifié, il nous faut faire léconomie des mots, vaincre la soif qui nous brûle, et atteindre ainsi linvisible que seul le coeur peut distinguer.
« Oublier en avant » est le récit dun voyage, de la traversée du désert, à travers les éléments, le temps, la confrontation du poète avec son poème. Ce voyage porte en lui la parole du poète qui imprime son originalité dans un style épuré, concis et dune grande beauté esthétique.
- Le désert est beau, ajouta-t-il... Et cétait vrai. Jai toujours aimé le désert. On sassoit sur une dune de sable. On ne voit rien. On nentend rien. Et cependant quelque chose rayonne en silence... - Ce qui embellit le désert, dit le petit prince, cest quil cache un puits quelque part... Je fus surpris de comprendre soudain ce mystérieux rayonnement du sable. Antoine de Saint Exupéry, le petit Prince.
Nicole Pottier, pour Agonia France, en partenariat avec Francopolis février 2005
Textes dits par Marta A. Covas, Agonia Espagne Radio Agonia.
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"La définition dune identité poétique est en fin de compte une chose moins importante que le désir duniversalité."
Angela Furtuna sentretient avec Marlena Braester
Naître en automne dans la « douce bourgade de Iasi » ressemble à un signe dharmonie de la part du destin.
Chère Marlena Braester, vous avez eu la chance de naître dans cette belle ville de Iasi. Au sujet de cette authentique capitale culturelle, vous avez récemment affirmé : « Jai du mal à limaginer sans ses étudiants »
Avec quels souvenirs de cette « douce bourgade de Iasi » vous êtes-vous lancée dans la vie ?
Naître en automne dans la « douce bourgade de Iasi » ressemble à un signe dharmonie de la part du destin. Les nuances de lautomne, caressantes, profondes, persévérantes, caractérisent tous les aspects de la vie de Iasi. Je suis née à Iasi, où mes parents étaient étudiants en 1953, jai ensuite passé mon enfance à Tecuci * (1), et je suis revenue à Iasi à 18 ans, en tant quétudiante. Je me souviens des deux premières maisons où jai habité : lune existe encore, lautre non. Je les ai revues pendant ma vie détudiante. La première, qui suivait pour la démolition, se trouve juste à côté du Palais de la Culture. Lhorloge du Palais a marqué les premières heures de ma vie, lentrée dans le temps, consolant mes pleurs dheure en heure pendant mes promenades quotidiennes autour du Palais. Mon premier hiver a été un hiver difficile, à ce quon ma dit, spécialement pour deux étudiants de vingt et quelques années qui doivent se débrouiller seuls. Puis a suivi la période à Tecuci, entourée de gens extraordinaires, amis et collègues de ma mère professeur en lycée, et de mon père procureur à Tecuci, donc par la force des choses, respirant latmosphère intellectuelle de cette ville. Maintenant, dans cette perspective, japprécie particulièrement lapport de mes années de scolarité dans ma formation professionnelle : une base sérieuse, informative, éducative, culturelle dont jai pris conscience pour la première fois à lexamen dentrée de la faculté, sous forme de concours, (en 1972, il y avait 11 candidats participants à la Faculté de Philologie, section français-anglais) et où jai été acceptée, grâce à une préparation sérieuse, aux lectures et à la capacité dexpression acquise au lycée.
La vie culturelle, scientifique et universitaire à Iasi a été également extrêmement riche. Y avez-vous participé avec plaisir ?Avez-vous connu des figures qui illuminent la spiritualité, tant dans la culture moldave que dans la culture roumaine ?
Iasi nimbe encore mes années détudes de son atmosphère qui irradiait chaleur, richesse et sensibilité. Jai eu la chance et le plaisir davoir comme professeurs de littérature Valeriu Stoleriu, Alexandru Călinescu, Luca Pîţu, et en langue française et sémiotique Maria Carpov. Leur personnalité a été décisive en ce qui me concerne. Les premiers contats avec des poètes ou des écrivains, je pense à Mihai Ursachi, mais aussi à mon milieu ordinaire de cette époque lorsque nous nous retrouvions plusieurs fois à la Casa Vasile Pogor, là où travaille une de mes meilleures amies (qui fut dabord professeur de littérature), ou au Palais de la Culture, au musée dArchéologie, où travaille le mari de cette amie comme conservateur. Je me souviens parfaitement de la bibliothèque Mihai Eminescu avec cette paix qui émane de ces livres, tel le paradis, et je lai revue ces dernières années avec joie en y retrouvant mon ancien professeur Alexandru Călinescu en tant que directeur. Une vie estudiantine bien remplie, théâtre, concerts hebdomadaires au Philarmonique, mais aussi les discothèques, les films, et même des films français à luniversité en provenance directe, grâce à la filière du Lectorat français qui nous ouvrait alors une toute petite fenêtre, nous reliant à lOccident. Parce que cest vrai, au fond, nous souffrions de cette rupture davec le reste du monde, du manque dinformation et de la désinformation quant à tout ce qui se passait au-delà des frontières de la Roumanie. Pendant cette période, jai connu mon mari, étudiant en médecine, originaire de Piatra- Neamţ. Ensemble avec nos amis, nous essayions de nous maintenir à la surface, car nous nous considérions comme faisant partie des jeunes citoyens dun vaste monde et non pas dun régime qui étouffe en premier lieu les intellectuels. Dun point de vue culturel, lambiance des années 70 devenait de plus en plus irrespirable, sans effacer les valeurs dont nous avions conscience, mais à leur côté se développaient des anti-valeurs de plus en plus nombreuses, telles des mauvaises herbes qui envahissaient tout. Etant très jeunes, nous ne saisissions pas encore le tragique des dérives sociales, économiques, politiques, mais nous pressentions cette tragédie inacceptable et frustrante avant tout sur le plan intellectuel. La solution qui se présentait alors était on ne peut plus simple et radicale pour nos 27 ans... en un mot : quitter notre pays.
«Le lien entre la culture israélienne et la culture roumaine se réalise aussi par lintermédiaire des traductions de leurs deux littératures
»
Comment avez-vous ressenti le détachement davec la langue et la culture roumaine, en ce début du mois de juin 1980, lorsque vous avez émigré en Terre Sainte ? Je pense ici aux effets que ces importants changements apportent tant sur le plan de la personnalité que sur celui des paradigmes existentiels et comment ils peuvent être ressentis dans lesprit et la conscience dintellectuels
Juin 1980 a donc marqué la séparation certes traumatisante davec la famille, les amis, les lieux familiers. Mais il nest pas question de détachement davec la langue roumaine ni davec la culture roumaine. Une communauté dorigine roumaine nous a accueillis en Israël, surtout à Haïfa où nous nous sommes établis dès le début et où nous demeurons. La transition sest faite au fur et à mesure : le processus dacquisition de la langue hébraïque, si différente des langues romanes, ou de langlais avec lequel nous étions familiarisés, a été un processus lent , mais sûr. La formation de linguiste ma beaucoup aidée, une attitude face à une nouvelle langue dans un milieu où nous nous sommes réveillés tout dun coup étant ceux qui observent en profondeur, qui étudient en détail les nuances et les possibilités de sexprimer. Intellectuellement, la révélation a été énorme, labsence des frontières auxquelles nous avions été habitués nous a permis de « respirer » tout à fait autrement
Premier voyage à Paris, immédiatement, le retour en Roumanie, et ceci répété ensuite à peu près annuellement, les liens étroits avec ceux de Roumanie, les visites fréquentes en Israël de ceux restés en Roumanie, ont rendu cette transition facile à supporter. Et les succès sur le plan professionnel se sont succédés : linscription en octobre 1980 à une nouvelle maîtrise en littérature française- à luniversité de Haïfa, mes diplômes de Iasi étant alors reconnus comme une équivalence de maîtrise en linguistique, la soutenance dun mémoire de maîtrise en 1982, la nomination en tant quassistance à luniversité de Tel-Aviv, mais aussi à Haïfa, pour enseigner la langue et la littérature française, linscription en doctorat de linguistique à luniversité de Paris VIII (Vincennes Saint Denis)
Dans quel état avez-vous trouvé la culture israélienne de langue roumaine dans lIsraël des années 80, et comment a t-elle évolué dans lensemble jusquà lheure actuelle ?
Il existait depuis une trentaine dannées une association décrivains israéliens de langue roumaine, dont la renommée sétendait jusquen Roumanie et à lactivité riche. Des écrivains de renom continuent décrire aussi en langue roumaine en Israël : Sebastian Costin, Sandu David (mort il y a peu), Alexandru Mirodan (qui publie la revue littéraire Minimum ), Eugen Campus, Elena Tacciu, Alexandru Strihan, Mirel Brateş. A cette époque, quelques écrivains avaient commencé à écrire aussi en parallèle en langue hébraïque, et étaient publiés par de prestigieuses maisons déditions israéliennes, comme Andrei Fishof par exemple. Lassociation mentionnée ci-dessus publie également une revue au nom révélateur : <i> Sources </i> et garde une étroite relation avec le public roumain, publiant une partie des livres chez des maisons déditions de Bucarest ou dautres villes en Roumanie.
Quel genre de dialogue partenaire ont aujourdhui ces deux cultures roumaine et israélienne ? La culture roumaine est-elle un « liant » pour celle-là ?
Aujourdhui, il existe aussi un Centre Culturel Roumain, fondé en 2004 à Tel Aviv, où se déroulent de nombreuses activités artistiques, littéraires, abritant des expositions, des récitals de poésie, des conférences. Le lien entre la culture israélienne et la culture roumaine se réalise aussi au moyen des traductions entre les deux langues, car elles sadressent à un public plus large, et non pas seulement aux locuteurs des langues respectives. Jai personnellement eu lhonneur et le plaisir de traduire deux romans de Amos Oz, publiés en Roumanie aux Editions Univers.
« Lapproche de la culture et de la sensibilité française, qui a caractérisé le monde intellectuel roumain, est une chose très bien connue, et je ny fais pas exception ».
Universitaire, poète, traductrice prestigieuse
vous avez récemment reçu de la part du premier ministre de la France le titre de « Chevalier dans lOrdre des Palmes Académiques » pour services rendus à la culture française. Vous êtes également la présidente de lAssociation des Ecrivains Israéliens de Langue Française. Quelle place occupe la langue française dans le concert des langues majeures de la culture actuelle ? Quelle langue peut être déclarée langue dominante dans ces conditions de compétition qui semblent se développer pour que lune delles occupe une telle place ?
Dans la même mesure que la langue roumaine, la langue française a été un point de passage, un fil continu qui ma soutenue et a atténué les ruptures que lon ressent alors inévitablement lorsque lon sinstalle dans un pays différent de celui où lon est né. Davantage encore, car étant ma profession, également « profession de foi », et une langue dexpression poétique, la langue française occupe, de fait, la première place pour moi. Lapproche de la culture et de la sensibilité française, qui a caractérisé le monde intellectuel roumain, est une chose très bien connue, et je ny fais pas exception. Néanmoins, jai eu la chance de pouvoir établir de multiples relations directes avec des écrivains, des éditeurs, des linguistes, des gens de théâtre, des chercheurs dans divers domaines en France et je considère que je suis heureuse davoir pu intégrer la vie culturelle francophone. Bien-sûr, on ne peut nier le fait que langlophonie domine spécialement en Israël- ce qui éclipse la manifestation dune forte présence française inscrite dans la vie culturelle ou scientifique israélienne. Le nombre des lycée où lon enseigne le français a décliné. Les universités en pâtissent, car les départements de langue et de littérature française ont de moins en moins détudiants.
Je sais quen Israël, et ceci à la différence dautres pays, il existe un grand institut pour les traductions littéraires hébraïques en langues de circulation courante. Comment appréciez-vous lavancement de ce projet en ce qui concerne les traductions des livres hébreux en français et leur édition en France ? Avec quels éditeurs collabore t-on le mieux ?
De nombreux auteurs israéliens sont traduits et publiés en pays francophones chez de grands éditeurs : des écrivains tels Amos Oz, A.B. Yeoshua, David Grossman, Aron Appelfeld, Yehuda Amihai, Israel Eliraz, Haim Guri sont publiés chez des éditeurs comme Gallimard, José Corti, Calmann-Levi, Caractères, J. Brémond, lHarmattan. En Suisse, les éditions Metropolis ont récemment publié une trilogie de lécrivain francophone Esther Orner.
Vous êtes membre du Comité de Direction du Centre de Recherches sur la Poésie Francophone Contemporaine de lUniversité de Haïfa et vous dirigez également lAtelier de Traduction de ce même centre universitaire. Dans quel état se trouve la poésie francophone aujourdhui ? Dans le monde, en Israël, en Roumanie... bien-sûr, du point de vue critique dun bon diagnosticien...
Justement, la poésie se porte bien, particulièrement la poésie française et francophone. Jai hébergé dans le cadre de nos activités dans le domaine francophone en Israël des poètes parmi les plus remarquables : Michel Deguy, Jean-Michel Maulpoix, Philippe Beck, Marie-Claire Bancquart, Henri Meschonnic, Pierre Oster, ainsi que dautres poètes francophones tels Eric Brogniet, Christian Hubin, Pierre-Yves Soucy de Belgique, ou Nimrod, originaire du Tchad; jai organisé un colloque international consacré à lécrivain de langue française originaire du Liban Andrée Chedid. Un poète à loeuvre extrêmement intéressante et que jai eu le plaisir de traduire en langue hébraïque est Abdul Kader El-Janabi, poète irakien qui vit depuis quelques décennies à Paris et qui écrit aussi en arabe et en français. Au Forum International des Poètes, qui a eu lieu en avril 2005, a participé de Roumanie le poète Persida Rugu, qui écrit aussi en roumain et en français. En Israël, il existe de nombreux francophones : lAssociation des Ecrivains Israéliens de Langue Française se compose décrivains originaires de France le plus connu étant Claude Vigée, dAlgérie- le poète et traducteur bien connu de la Bible et du Coran en français, André Chouraqui, de Belgique, du Maroc, de Roumanie. Originaire de Roumanie, justement de Tecuci, il faut mentionner la poétesse Bluma Finkelstein qui a récemment reçu le Prix du Président de lEtat dIsraël pour lensemble de son oeuvre.
«Fondane est considéré par certains comme un écrivain français, oubliant lexistence de Beniamin Fundoianu ».
Attachée au nom de Benjamin Fondane, vous avez traduit une grande partie de son uvre. Je dirais que cest seulement maintenant que lon ouvre grand les portes pour le recevoir. A Royaumont, en 1998, à loccasion de la Conférence Internationale « Benjamin Fondane », vous avez démontré lexistence dune série davatars « de Benjamin Fundoianu à Benjamin Fondane ». Quest-ce qui vous lie si profondément à son uvre et quelle perspective soffre à vous, en tant que traductrice ?
Revendiqué autant dans la littérature roumaine que dans la littérature française, Benjamin Fondane suscite un intérêt de plus en plus grand, du fait de son oeuvre poétique, théâtrale, du fait également de ses essais et de ses activités dans le domaine cinématographique. Des spécialistes de plus en plus nombreux étudient et traduisent luvre de Fondane. En traduisant en français ses poèmes de jeunesse ainsi que ses fragments de journal écrit en roumain, jai constaté que luvre écrite en langue française est la suite naturelle, non factice, de luvre écrite en langue roumaine, le passage dune langue à lautre se faisant bien-sûr pas sans moments de crise- avec une subtilité et une perfection en ce qui concerne le maniement de ces langues dites « étrangères » tout à fait frappante. En fait jai trouvé une réponse aux questions que je me posais moi-même quant au choix de la langue poétique, chemin que jai suivi également tout comme nombre dautres écrivains nés en Roumanie, mais « adoptés » par la langue littéraire française.
Votre nom est également lié à la parution de la revue « Continuum » (la revue des Ecrivains Israéliens de Langue Française) tout comme à celle des revues Approches. Cahiers israéliens de poésie, de critique, dart, Sources Europoésie, revue de la Maison de la Poésie (Namur, Belgique). Comment évoluent ces revues dans lespace francophone et quel intérêt spécial représentent-elles dans la constellation des problèmes de la francophonie actuelle ? Sont-elles inscrites parmi les récentes et prioritaires questions de crise de la francophonie dans lesquelles létat français sest engagé au plus haut niveau ?
En créant la revue Continuum, jai évidemment pris en considération les difficultés objectives, comme le simple fait quIsraël nest pas considéré officiellement en tant que pays francophone, ou la difficulté de la distribution par-delà les frontières israéliennes. Dun autre côté, paradoxalement, les écrivains israéliens francophones sont mieux connus en France quen Israël, étant insuffisamment traduits en langue hébraïque. Jai assumé, en premier lieu, une connaissance plus large de ces deux écrivains considérés de par lampleur respective de leurs travaux comme étant les deux plus importants à lheure actuelle dans la francophonie israélienne : Claude Vigée et André Chouraqui. Jai donc organisé avec le soutien de lInstitut Français de Tel-Aviv, en même temps que le lancement du premier numéro de Continuum en 2003, un hommage à André Chouraqui, auquel jai consacré une grande partie de ce numéro en présence de lauteur qui vit à Jérusalem. Le résultat immédiat a été la présentation en face dun très large public de cet auteur presque ignoré dans son pays. Le second hommage cette fois-ci au poète Claude Vigée- je lai organisé à loccasion de la présentation du second numéro de la revue Continuum qui lui est consacré, au Salon International de la Revue à Paris, en octobre 2004. A cette occasion, jai présenté Claude Vigée au public parisien non plus en tant quécrivain français, ainsi quon le croit en général, mais bien en tant quécrivain israélien francophone. Cette même confusion se répète dans le cas de Fundoianu- Fondane: Fondane est considéré par certains comme un écrivain français, oubliant lexistence de Beniamin Fundoianu. La revue Poésie & Art ( nouvelle version de la revue Approches que jai publiée dans les années 80) est dune autre facture : elle est basée plus spécifiquement sur la recherche, comme les traductions de textes poétiques et critiques. La publication de cette revue est le résultat en fait des activités organisées par le Centre de Recherches sur la Poésie Francophone à côté de luniversité de Haïfa. Lune des activités permanentes du Centre est le fonctionnement dun Atelier de Traduction de Poésie, que je dirige depuis 1998, dans le cadre duquel des traducteurs-chercheurs ou des traducteurs- écrivains se réunissent tous les lundis, traduisant soit dhébreu en français, soit de français en hébreu, en vue de préparer des rencontres avec des poètes invités dIsraël ou dautres pays.
Vous avez traduit Amos Oz. Vos participations nont-elles pas été assez peu nombreuses aux colloques internationaux, axés sur luvre de cet écrivain important ?Entre autres, celui de Beersheva, en 1997,avec les travaux Traduire Amos Oz
Ainsi, quelle est la portée de cette traduction d Amos Oz, dautant plus en langue latine ?(avec ou sans boîte noire)...
Ma trajectoire en tant que traductrice a trouvé son point de départ dans la traduction roumain- français- roumain. Le premier roman que jai traduit est celui de lécrivain Catherine Durandin, qui est en réalité historienne mais aussi romancière. Le roman sintitule Une mort roumaine et est paru aux éditions « Portofranco ». En même temps, jai commencé à traduire des poésies roumaines de Fundoianu, à la demande de Monique Jutrin, professeur de littérature à luniversité de Tel-Aviv, actuellement Présidente de la Société Internationale Benjamin Fondane. Traduisant, dans un certain sens, en « cercle fermé », cest-à-dire sans sortir du cadre familier des langues romanes, je me sentais encore « chez moi »
En même temps, la langue hébraïque simposait de plus en plus, la tentation dessayer une nouvelle piste devenait de plus en plus grande. Le premier roman dAmos Oz que jai lu intégralement en hébreu fut : « Tu ne prononces pas le mot : nuit ». Un roman né dans le désert, où tout a lieu dans le désert. La décision a été prise spontanément, et la traduction a été publiée à Bucarest aux Editions Univers « Le roman du xx° siècle », en 1997. Transgressant les frontières des langues auxquelles jétais habituée, le travail de traduction a été complètement autre. La transposition des rythmes, des harmonies ou des disharmonies, des sonorités et des registres, des constructions syntaxiques totalement différentes en langue roumaine, a été une expérience absolument nouvelle : les équivalences nétant pas évidentes, la réécriture dun texte aux résonances provenant dune zone extrêmement éloignée de lessence du langage, a été une lourde charge. Avec bien plus que le seul texte, cétait un texte en grande partie poétique, lorsque je pense aux longues descriptions du désert avec son rythme propre, avec tous les moments et toutes les nuances cachées. Il nétait plus question de continuité comme pour la traduction de Fondane en français, ou de Catherine Durandin en roumain. La rupture était profonde, la distance sur le plan linguistique, immense. « La boîte noire » a été une expérience différente. Un texte plus dynamique, dominant, épique, un échange épistolaire ; déjà familiarisée avec le style dAmos Oz, la tâche était moins difficile. Le roman a été publié chez le même éditeur en 2002.
« La poésie israélienne actuelle est extrêmement variée dans son inspiration et riche au premier rang du fait quil existe au moins 13 langues dexpression »
Pouvez-vous nous donner un point de vue critique sur la poésie israélienne ? Passé, présent, avenir
de la perspective dun poète qui construit aujourdhui aussi le Neghev des Lettres, comme une entité immortelle de cette vieille culture, mais dune perspective dun thème abordé avec les armes de la langue française ?
La poésie israélienne actuelle est extrêmement variée dans son inspiration et riche au premier rang car les langues dexpression poétique sont très variées : il existe en Israël à lheure actuelle 13 Associations décrivains qui écrivent en 13 langues : hébraïque, arabe, roumaine, française, anglaise, russe, yiddish, polonaise, espagnole/latino, etc. La poésie écrite en hébreu appartient soit au nouveau lyrisme- Rahel Halfi, Maya Bejerano, soit est dinspiration religieuse Admiel Kosman, Haya Esther, soit est innovatrice au maximum et surprenante dans ladhésion de son public Ronny Someck. Des auteurs très marquants sont Yehuda Amihai, Nathan Zah, Haim Guri, Meir Wieseltier, Dalia Rabicovici qui représentent un pont avec la génération précédente. Parallèlement, il existe une poésie moderne en langue arabe: - Samih El-Kasem, Naim Araidi, en langue roumaine: - Luiza Carol, Sandu David, Andrei Fischof, en anglais: - Karen Alkalay-Gut, en français: - Claude Vigée, Esther Orner, Bluma Finkelstein. Cest une mosaïque intéressante et dynamique.
Vous êtes, sans doute, le plus important écrivain connu dans le monde qui a transformé le désert en un grand thème littéraire. Les images poétiques, construites avec une grande maîtrise, tant verticales quhorizontales, témoignent dun raffinement ainsi que dune envergure sémantique et stylistique impressionnante. Votre rencontre avec le désert a t-elle été une grande chance et un grand amour ?
La rencontre avec le désert a été décisive une sorte de chute dans lessentiel: chute dans le sens de disperser linutile, le superficiel, qui se faufile parfois dans ce que lon écrit, y compris dans la poésie. Une leçon, nécessaire, peut-être, pour chaque poète, pour tout replacer dans la véritable perspective, pour récupérer le véritable équilibre des choses, des valeurs, de la vie.
Vos livres déjà publiés (dont un déjà primé): La Voix, Elle, poèmes, Paris, Ed. Caractères, 1993), Absens, poèmes, Paris, Ed. Caractères, 1996, Oublier en avant, poèmes, Paris, Ed. Jaques Brémond, 2002 (Prix Ilarie Voronca- Rodez, 2001), La lumière et ses ombres, poèmes, à paraître, vous mettent brillamment au premier rang dans la poésie israélienne, en langue française, dans ce langage qui fascine et crée un monde inouï. Que signifie la poésie pour vous ?
En réalité, le désert est une métaphore de la poésie les poètes du jury de Rodez mont ainsi motivée en maccordant le prix pour le volume Oublier en avant. Javoue que je navais pas cette idée en tête en écrivant ces poèmes du désert; pas dans une zone consciente du cerveau, mais probablement dans le seul subconscient, là où naît la poésie, là où naissent les sens que jai définis dans mon précédent volume ab-sens , à savoir que tout provient den deçà et dau-delà du sens, étant en même temps également labsence . La préposition latine ab ma arrêtée, ma séparée du sens, mobligeant pendant un moment à le contempler en profondeur une autre métaphore de la poésie que lon pourrait qualifier de critique à nouveau. De toutes façons, il en a résulté un court-circuit de chaque discours logique, de chaque tentative dexplication, deffort dobservation et danalyse. Dune manière très simple et directe : une non-construction de ce que nous appelons : poème.
"La dérive homme-machine ne peut saper la sensiblité de lentité corps- esprit dont parlent les psychologues aujourdhui
Les écrivains israéliens, surtout ceux de langue roumaine, ont eu en général de bonnes relations avec les écrivains roumains... Il semble que la langue roumaine, linspiration roumaine, la matrice spirituelle roumaine sont des coordonnées difficilement changeables, tout au moins difficiles à oublier. Eprouvez-vous de la nostagie en ce sens ?
Les écrivains israéliens, surtout ceux de langue roumaine, conservent des liens permanents avec les écrivains de Roumanie, publiant, traduisant, participant aux festivals de poésie, aux diverses manifestations littéraires. Récemment, on a décerné en Roumanie le prix Ovide à lécrivain Amos Oz. En ce qui me concerne, émouvant est le fait que jai reçu en France le prix Ilarie Voronca * (2), étant lui aussi un poète né en Roumanie et ayant également choisi le français comme langue littéraire. Coïncidence ou non, ce genre dévènement marque symboliquement le parcours dun écrivain . Le lien avec la langue et la littérature dans laquelle nous naissons est évident, même si, à un certain moment de notre évolution sur le plan de lécriture, nous choisissons, pour divers motifs, de nous exprimer également dans une autre langue, et seulement dans une autre langue. Personnellement, je suis de près tout ce qui se publie en Roumanie, et tout ce qui se passe dans la littérature roumaine mest très proche. Pourtant, la définition dune identité poétique est en fin de compte moins importante que le désir duniversalité.
Dans un monde saturé par lart consumériste et où lon savoure uniquement de la prose courte ou quelques romans, croyez-vous encore en lavenir de la poésie ?
Oui, catégoriquement, car les sens qui naissent en poésie ne sont pas les mêmes que ceux avec lesquels on crée, on construit en prose. La dérive homme-machine ne peut saper la sensiblité de lentité corps- esprit, dont parlent les psychologues aujourdhui . La poésie se goûte en petite quantité, elle ne doit pas aspirer à être consommée. Je me rappelle cette phrase de mon premier éditeur en France le poète Bruno Durocher qui voulait me prévenir dune éventuelle déception due à la diffusion réduite des ouvrages de poésie : comme vous le savez bien, la poésie nest pas une marchandise .
© Angela Furtuna. Interview parue dans la revue littéraire "Hypérion.
Traduction française réalisée par Nicole Pottier pour Agonia France, en partenariat avec Francopolis, juin 2005.
Nota :
(1) Tecuci : ville dEstrie, jumelée avec les Sables dOlonne. Situé à proximité de la Moldavie et de lUkraine, le département inclut 4 localités urbaines (Galati, Tecuci, Beresti et Târgu Bujor) et 56 localités rurales avec 180 villages. (2) Prix Ilarie Voronca : Quelques amis réunis à Rodez autour de Jean Digot fondent les prix Artaud et Voronca ; nous sommes en 1951, au lendemain de la guerre, de l'occupation allemande, d'Hiroshima
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POEZIA DESERTULUI LA MARLENA BRAESTER
Cronica
literara
de
Luiza Carol |
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Regretatul scriitor israelian Idov Cohen, originar din Mihaileni, scria candva intr-un articol intitulat "Doua culturi, doua lumi" (in albumul "Dorohoi" vol 1) despre surpriza cu care a constatat, la o varsta inaintata, ca in oraselul tineretii lui a existat si o alta cultura decat cea evreiasca. Citez: "A fost pentru mine o adevarata surpriza sa aflu, acum si aici - la peste 60 de ani de cand am parasit Mihailenii - ca la o distanta de ... centimetrii de tinereatea mea a pulsat (fara ca eu sa am habar! ) o activitate culturala neevreiasca intensa: o <explozie culturala>". In continuare, Idov Cohen isi da seama cu luciditate ca fenomenul se petrece si in sens invers, adica bogata si variata cultura in limba idis care i-a marcat lui tineretea a fost si este ignorata de locuitorii romani ai Mihailenilor.
Mi-am adus aminte de acest articol fiindca mi se pare emblematic pentru o intreaga generatie, dar in acelasi timp semnificativ si pentru noi, israelienii de azi. Daca Idov Cohen semnala in cultura "stetl"-ului evreiesc de la inceputul secolului trecut coexistenta a doua lumi paralele, in Israelul de azi suntem martorii coexistentei a zeci de lumi paralele. Despre unele din ele, vai, abia daca avem ocazia sa auzim vag. Majoritatea dintre noi, vaslind pe apa curgatoare a limbii materne si eventual pe inca doua-trei ape ale altor limbi pe care le stim din Romania, abia daca reusim cu mare greutate sa ne integram partial in fluxul culturii de limba ebraica ce inglobeaza astazi zeci de afluenti. Majoritatea afluentilor insa ne raman necunoscuti, pana intr-atat incat uitam chiar de existenta lor, ii uitam inainte de a face cel mai mic efort pentru a-i cunoaste. "Uitam dinainte", cum ar spune Marlena Braester, autoarea volumului de versuri "Oublier en avant" ("A uita dinainte"), editat in Franta (Editions Jacques Bremond, 2002, Le clos de la Cournilhe), volum distins cu premiul Ilarie Voronca 2001.
Marlena Braester, care a primit recent din partea primului ministru al Frantei titlul de"Chevalier dans l'Ordre des Palmes Academiques" pentru "servicii aduse culturii franceze", este o poeta israeliana de origine romana care si-a ales limba franceza ca mediu de exprimare poetica. Deocamdata ea e relativ putin cunoscuta publicului cititor de limba romana - dupa cum si noi, scriitorii de limba romana, suntem aproape inexistenti pentru cititorii de limba franceza sau pentru cei de limba spaniola, gruzina, amhara, etc. desi locuim impreuna cu ei in aceleasi orase israeliene, "la o distanta de... centimetrii" cum spunea Idov Cohen in articolul de mai sus.
Volumul Marlenei Braester m-a impresionat prin conciziune, unitate stilistica si tematica, profunzime si limpezime a exprimarii poetice. Tema de baza a volumului mi s-a parut a fi acel "vanitas vanitatum" al Ecleziastului. Toate imaginile desertului conduc spre ideea de baza ca din uitare venim si inspre uitare ne ducem. Iata cateva citate in care "corespondentele" beaudelairiene (cumularea de imagini vizuale, sonore, tactile) se impletesc cu abstractiuni atat de pure ca intr-o pictura abstracta:
"croyant marcher mais/ seul le flux de l'oubli/ avance/ en nous/ les flots du temps/ nous secouent/ croyant avancer mais/ seule la reverberation de la lumiere/ nous traverse"
("crezand ca mergem dar/ numai fluxul uitarii/ avanseaza/ in noi/ valurile de timp/ ne zgaltaie/ crezand ca avansam dar/ numai reverberatia luminii/ ne strabate")
"j'ai touche a la pierre arrachee au desert/ et le sable des deserts futurs/ s'est colle a mes doigts"
("am atins piatra smulsa desertului/ si nisipul deserturilor viitoare/ mi s-a lipit de degete")
"c'est la tendresse des pierres/ que l'on voulait atteindre/ mais ce n'est que l'horizon/ resonnat"
("ceea ce am vrea sa atingem/ ar fi tandretea pietrelor/ dar nu-i decat orizontul/ rasunand")
"l'echo de la lumiere/ l'ombre de la voix/ immense voyelle atone - desert"
("ecoul luminii/ umbra vocii/ imensa vocala atonala - desert")
De mult n-am citit in Israel un volum de poezie atat de "ascetic" in ceea ce priveste folosirea materialului oferit de realitatea imediata. Geografia Marlenei Braester este o geografie abstracta, interiorizata. Desertul ei nu e Neghev, nu e Sahara, nu e Gobi, nu e Colorado; este desertaciunea insasi a vietii omenesti in care nici o valoare ideologica sau sentimentala nu e destul de puternica pentru a nu se pulveriza erodata de timp asemeni unei stanci erodate de vantul pustiului. Biografia Marlenei Braester este tot atat de abstractizata. Durerile, bucuriile, spaimele ei nu sunt rostite pe numele lor efemere. Toate emotiile ei se convertesc in imagini de pietre colorate care se transforma in pulbere sub actiunea timpului, umbre care se estompeaza, linii de orizont care se indeparteaza, drumuri care se pierd in nisip. Un imens desert introvertit umple versurile de la o coperta la alta. Prin ricoseu, memoria mea afectiva a facut asociatia cu o opera literara aflata la polul opus al temperamentelor stilistice, adica una din cele mai extrovertite expresii lirice din istoria literaturii: libretul operei "La Traviata" cu muzica scrisa de Verdi in sec. 19. Ma refer la acel moment din actul intai cand Violetta se gandeste la desertaciunea vietii ei frivole, caracterizandu-se drept "sarmana femeie singura si parasita in acest desert aglomerat numit Paris". Violetta, femeia insetata de iubire adevarata, se referea la desertul simbolic al unei lumi lipsite de sinceritate, asa cum dunele desertului sunt lipsite de apa. Dincoace de sentimentalismul romantic, la inceputul secolului 21, poeta de pe malul nisipos al Mediteranei ii raspunde ca un ecou:
"dans la gorge/ descend le desert/ se noie dans ma soif/ j'avale la soif"
"in gatlej/ coboara desertul/ se ineaca in setea mea/ inghit setea"
Ma opresc aici cu comentariul meu, de teama ca prea multa locvacitate ar veni in contradictie flagranta cu puritatea sobra a versurilor Marlenei Braester.
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Marlena Braester - rumoarea tăcerii tulburi
eseu [ ]
La mulţi ani ! ! !
de Maria Prochipiuc [Decembrie]
2004-10-02
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marlena braester [marlena]
... Le poème est de toutes les eaux claires celle qui s'attarde le moins aux reflets de ses ponts
Marlena Braester, de formaţie lingvistă, scrie poezie în limba franceză, pe care si-a ales-o ca expresie poetică. A publicat pănă acum trei volume în Franţa, LA VOIX, ELLE ABSENS, OUBLIER EN AVANT şi în curând îi va apărea următorul volum: LA LUMIERE ET SES OMBRES. O altă parte importantă a timpului o consacră traducerii, în special de poezie, conduce şi un atelier de traducere în Israel.
A tradus în româneşte două cărţi de Amos Oz, cel mai cunoscut prozator israelian, apărute în ultimii ani la Ed. Univers. Scrie o poezie cerebrală, nu lirică, dacă e să ne luăm după unii comentatori, cerebrală dar foarte sensibilă. Poeta e închisă în sine, greu de patruns în interiorul ei sufletesc. În ultimul timp a hotărât să traducă mai puţin, pentru a se ocupa de scrierile ei.
Pe Agonia în franceză, coordoneaza pagina COMUNITATI - scriitori israelieni de limbă franceză, în care prezintă scriitorii recunoscuţi şi în Europa vorbitori de franceză, dar şi poeţi israelieni consacraţi traduşi în această limbă.
Poeta trăind în mijlocul timpului simte necontenit rumoarea tăcerii tulburi descernând posibilul de imposibil, realizabilul de ceea ce nu e realizabil pentru momentul şi locul în care trăieşte: furtuna de nisip mimează / torente întortocheate / craterele de nisip mimează / cratere încremenite. *** Numai cine a trecut prin atari frământări îşi dă seama cât de mult ele îţi împart sufletul.
Doar lumina cu umbrele ei poate defini sensul fiecărei plăsmuiri poetice, precum şi configuraţia totală văzută funcţionând potrivit mentalităţii fiecăruia. Este un lucru gingaş să pătrunzi într-o lume plină de linii frânte uneori fără răspuns, mai ales când este vorba de lumea fanteziei poetice: nici o oră / a după-amiezii / doar aşteptare / nici măcar aşteptare / doar trecerea aşteptării / doar / inerţia timpului / doar / lumina cu umbrele ei. ***
Poeta ca o mare urmăritoare de adâncime, descoperă nucleul dintre nopţi din iradierea undelor în personalitatea şi individualitatea sa: care dintre nopti / aceea / / cu ochii largi deschişi / cea care / ni se lipeşte de retină / iradiind / cea în care / se nasc ritmurile / din iradierea undelor / tăcerii limpezi. ***
Rostul oricărei adevărate biografii a unui autor este să-ţi dea o înlănţuire de fapte sigure, pe temeiul cărora să poţi lămuri şi controla ceva mai mult decât fiecare din aceste fapte. Felul statornic al poetei de a vibra în atingere cu lumea, cutele adânci ale sufletului personalităţii ei ne sunt suficiente pentru a se descoperi în faţa cititoului, doar prin versul ei: sunetul / se smulge / sunetului / înalt rotund / apoi oval neliniştit / se descompune / într-o lentă vibraţie / grav murmur. ***
Apariţia poetei în carne şi piele, trezind curbele mişcătoare ale corpului, reuşeşte marcarea tonurilor, structura imaginii şi succesiunea lor în corelaţii subtile, indiferent de zona de provenienţă a versului: trezind curbele mişcătoare ale corpului / între carne şi piele / unda informă / pielea în aşteptare / se lasă arsă de nisip. ***
Marlena rămâne unul din locurile privilegiate prin care irumpe la suprafaţă starea freatică a spiritului său. Ea se relevă în poezie ca document simbolic esenţial pentru finalitatea inaparentă a evenimentului, pentru constituirea sa în destin: în oblica eschivare / a umbrei / după-amiaza / zid / floare / noi / zidul floarea / noi înşine / zidul înfloreşte / floarea / împreună cu noi. ***
Poate fi considerată un areholog al clipei recuperatoare, identificând resorturile ei adânci şi deopotrivă codificatoare ale revelaţiilor prilejuite de anatomia sa poetică: omul în contur de nisip şi aer / se estompează / s-a oprit / doar tremurul / nisipului în aer / aerul prin nisip / începe uitarea / uitarea înaintează / dar nu era decât / o boare / lentă / urmându-şi / propriile urme. ***
Poezia sa dezvăluie subteranele poeziei şi simultan învăluie prin simbolurile sale în propriul limbaj. Pentru a pătrunde dincolo de cuvinte în universul poetei trebuie să descifrezi limbajul poemelor a căror operaţie de incifrare nu este altceva decât pură, misterioasă, fascinantă, derutantă ( precum nicipurile mişcătoare ) structurare în sistemul poetic al Marlenei: clepsidra / sugrumă întregul deşert / piatră cu miez de nisip / nisip cu miez de piatră. ***
Culmile valorilor te cheamă spre înălţimile lor, vederea şi estetica îşi cer drepturile pe când materialul ( poezia ) cere la tot pasul s-o întregeşti să o conturezi analitic sub raportul rezistenţei. Starea de a fi a poetei Marlena Braester este starea de poezie. Din dimensiunea spiritului ei ea reuşeşte să înfioare cu abisurile, obligându-l pe cititor să se identifice până la jertfirea sinelui: imaginile nu se mai întretaie / deşertul se retractează / nici zi nici noapte / lună soare stinse / umbre întretăiate de umbre / se va stinge deşertul. ***
Poezia deşertului trebuie aşezată la locul înalt care i se cuvine. Marlena împrospătează şi înfloreşte deşertul prin rafinament, redescoperire, reînnoire, invenţii, alcătuiri şi alianţele de cuvinte care sunt de o originalitate şi de o forţă aproapte titanică, prin surpriză, farmec şi gândire poetică: înăuntrul / nervurilor labirintului / tuneluri fosforescente / respiratia / traversând / lumina lichefiată / numai să nu ne oprim / respiraţia. *** O gândire profundă şi elegantă, uneori sugerată şi descifrabilă, dar şi rămasă într-o zonă de mister, poate pentru a ispiti şi deştepta mereu cititorul.
Gura poetei sângerează continuu de naşterea cuvintelor. Prin puritatea de cristal a sentimentelor trăite în orizonturi ascultând crisparea rădăcinilor găseşte mereu surse şi resurse de exprimare: ascultând dar / nu / sunetel / ascultând / trecerea insonoră / în strigătul surd / peste tot present / ascultând distanţa / ascult / crisparea rădăcinilor / care nu vor fi trăit / mai departe de ele însele / ascultând / ca şi / privind. *** Cuvintele ne strunesc gândirea şi aştern drumuri pentru a pătrunde sub puterea unei vrăji de neîntrerupt deşertul. Marlena trăieşte în interiorul poeziei, încât viaţa sa reală se estompează până la confundare.
Ca într-o rotitoare joacă aparentă, poeta îşi asumă libertatea cuvintelor, înşirându-le, frângându-le neaşteptat, refuzându-le sensurile obişnuite, dându-le contururi plastice pline de limpezime şi viziune: în mine / nu e destul loc / pentru setae / care inundă corpul / reînnoind catastrofa / primitivă / a trecutului ei terestru. *** Ritmul deşertului, ritmul lumilor trecute, viitoare dă poeziei Mrlenei misterul şi inefabilul şi acea halucinaţie a cuvintelor: între / timp / priveşte-te în ecou / fixând vâltoarea. ***
apoi am atins piatra smulsă deşertului şi nisipul viitoarelor deşerturi mi s-a lipit de degete fire de nisip şi de memorie în armonie minerală memorie întoarsă faţă în faţă piatră deşert în uitare-memorie zi şi noapte sub piatra cea roşie se aşterne un strat de praf roşu piatra se înconjură de viitorul deşert zi şi noapte sub piatra verde se aşterne un strat de praf verde piatra se înconjură de viitorul deşert noapte zi sub piatra roz se aşterne un strat de praf roz zi noapte noapte zi se aşterne viitorul tuturor pietrelor***
Armonia intimă a versurilor cu lumini şi umbre îmi aduc în aminte cuvintele lui Lucian Blaga: nimic mai rar decât un om care are priviri deschise pentru întregul lumii.
Poeta îşi trăieşte poezia sau se lasă trăită de ea ! ?
Deşertul înaintează, e o evidenta. Ca un mesaj fatalist al realitaţii ambiante. Suntem în pelerinaj înăuntrul grăuntelui de nisip al vieţii noastre. "Oublier en avant" este o promisiune poetică, un fel de profeţie, în versuri ritmate de fluxul unui deşert chinuit în care vocea şi ecoul revin fără încetare: autoarea subliniază ceea ce noi am vrea să uităm. Marlena Braester nu greşeşte, omul e pericolul idealului de frumos în căutarea succesului, progresului, asta în detrimentul mediului care ne înconjoară.
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